[Histoire] Le parfum dans l'Egypte ancienne

Les parfums jouaient un grand rôle dans la civilisation pharaonique.

Bien plus qu'un simple accessoire cosmétique, ils intervenaient dans le culte quotidien des dieux: chaque jour, la statue du dieu était lavée, habillée, nourrie et... parfumée. Ces parfums réservés aux divinités étaient particuliers, certains réservés aux grandes occasions, et leur composition était un secret jalousement gardé par les prêtres.
Des textes semblent pourtant indiquer que certains au moins de ces parfums étaient vendus hors des temples:
Mets de la myrrhe sur ta tête,
Habille-toi de fine toile,
Oints-toi de ces vraies merveilles qui sont le partage des dieux!
Les dieux étaient d'ailleurs réputés exhaler une odeur envoûtante: lorsque le dieu Amon se prend d'amour pour une reine, il vient la visiter en prenant la forme du roi, mais sa divine fragrance trahit son identité réelle:
Amon trouva la reine dans les appartements privés du palais. Sentant le parfum divin, elle s'éveilla et lui sourit. Il s'avança vers elle, il la désira et lui donna son coeur. (...) Le palais fut inondé du parfum divin, il embaumait tel le pays de Pount [nom de l'actuelle Somalie(?), d'où les Egyptiens importaient l'encens], et le dieu fit ce qu'il désirait avec elle.
C'est que le parfum était aussi, bien entendu, instrument de séduction, et hommes et femmes de la haute société en faisaient usage.

Des "recettes", la composition de parfums égyptiens sont parvenus jusqu'à nous, mais il s'agit de sources tardives: gravées sur les parois des temples de la période ptolémaïque et romaine (soit à la toute fin de l'histoire égyptienne, entre le 4e s. avant et le 4e s. après J.-C.), pour les parfums réservés aux dieux, et dans les écrits des auteurs grecs et romains, les parfums égyptiens étant très prisés dans le bassin méditerranéen.

Deux ingrédients sont récurrents dans ces recettes: la cannelle/cassia et l'encens/myrrhe. Les parfums égyptiens les plus fréquemment mentionnés chez ces auteurs classiques - le kyphi et un parfum simplement appelé "l'Egyptien" - en fond un usage libéral: l'Egyptien était fait de myrrhe macérée dans un vin parfumé, et était porté à maturation pendant huit ans avant d'être utilisé. Par sa force, sa tenue et son caractère, il était réputé convenir particulièrement aux femmes.

Un autre parfum, appelé le Mendesien (du nom de la ville de Mendès), était considéré comme un "ancien" parfum, "le meilleur de tous". Il était fait à base d'huile de l'amande du dattier du désert, à laquelle on ajoutait de la myrrhe, des résines et de la cannelle. Il est possible que ce "Mendesien" et "l'Egyptien", mentionnés dans des sources différentes, ne soient qu'un seul et même parfum.

Si ces produits étaient les plus connus à l'étranger - peut-être parce que leurs ingrédients étaient plus durables -, les fragrances florales étaient aussi connues en Egypte: le susinum, fait à base de lys additionné de cannelle, cardamome et myrrhe, d'autres parfums à base d'iris, de henné et de marjolaine, sont attestés.

La distillation n'étant apparue qu'au début de notre ère, les parfums se présentaient sous forme d'huiles et d'onguents. Pour représenter le parfum liquide dont se paraient les riches convives des banquets, les artistes égyptiens ont opté pour une figuration abstraite, un petit "cône" blanchâtre posé sur la tête. Longtemps, ces cônes ont été interprétés comme une réalité physique, un petit dôme d'onguent qui était posé en équilibre sur les perruques des invités et fondait alors au cours de la soirée, imprégnant chevelures et vêtements de leurs essences... mais il semble qu'il s'agisse en fait bien d'une pure convention artistique.

Ces huiles parfumées étaient assurément des produits de luxe, d'une valeur telle, d'ailleurs, que dans la tombe de Toutankhamon, les pillards de l'antiquité avaient soigneusement vidé les jarres de parfum, en abandonnant sur place ces superbes récipients ouvragés, qui visiblement valaient moins que leur contenu!

Source: Manniche L., "Parfums et cosmétiques". In: Beautés d'Egypte. "Celles que les ans ne peuvent moissonner" (Guides archéologiques du Malgré-Tout), Treignes (Belgique), 2002.


3 commentaires:

News from Overseas a dit…

Merci beaucoup pour ces articles d'histoire !

Sieba a dit…

Merci, cet article va m'être une grande aide ^^.
Sieba.

Marie Vergote a dit…

Bonjour,
Je cherche des informations sur la première image ainsi que sur les textes cités dans l'article. Auriez-vous des informations à me donner ?
Merci d'avance