[Avis] Eau Noire - Christian Dior


L'arrivée d'Hedi Slimane à la tête des collections Dior Homme a été une véritable bénédiction pour les parfums masculins de la maison. Pour la grande distribution, ce fut la naissance en 2005 de Dior Homme, un superbe iris, élégant et assez inhabituel pour un masculin.

Le vrai projet, pourtant, qui tenait à cœur à Hedi Slimane, au niveau des parfums homme, était cette collection de trois colognes, trois fragrances raffinées à la composition, courte, ciselée: la Cologne Blanche pour le jour, la plus traditionnelle, hespéridée; l'Eau Noire pour le soir; et Bois d'Argent le poudré, le balsamique, entre les deux. La réalisation a été confiée aux talentueux Francis Kurkdjian (Le Mâle de Gaultier, les Indult), pour les deux premiers, et Annick Menardo (Hypnotic Poison pour Dior, Miss Me de Stella Cadente, Bois d'Arménie de Guerlain) pour le dernier.

Slimane s'est, semble-t-il, étroitement impliqué dans la conception, qui a pris pas moins de trois ans. Parmi les trois opus, c'est l'Eau Noire qui est la plus personnelle: elle a été composée pratiquement sur mesure pour lui, selon ses goûts, pour remplacer le parfum qu'il portait depuis ses 11 ans.
Si je puis me permettre, au vu du résultat, M.Slimane a fort bon goût, et c'est un euphémisme.


Notes de tête: absolu feuilles de thym blanc, absolu sauge sclarée
Note de cœur: lavande de Barrême, cèdre de Virginie
Notes de fond: accord bois de violette, infusion de gousses de vanille bourbon

La première note qui s'exhale de l'Eau Noire est un bouquet profondément aromatique, thym surtout, sauge un peu, et où transparaît déjà la lavande. Sur le papier, la combinaison de ces notes pourrait faire penser à une bouffée de Provence, ou à une herboristerie médiévale... mais si le départ d'Eau Noire tient, effectivement, un peu des deux, ces notes aromatiques se révèlent surtout singulièrement attirantes, nuançant d'une certaine profondeur herbale les premiers effluves de lavande. Cette lavande, qui s'affirme rapidement, est saisissante de réalité, une vraie lavande tridimensionnelle, sèche, brûlée par le soleil.

Cette lavande se sucre doucement en cœur, bientôt rejointe par une note manifeste, évidente, bien que curieusement absente de la composition officielle: l'immortelle! Les accents caramélisés de la fleur viennent faire écho à la tonalité sucrée croissante de la lavande, tandis que ses relents de curry se marient heureusement avec les aromates qui bordent toujours la fragrance.
Si dans Sables, d'Annick Goutal, l'immortelle se faisait baroque protagoniste, elle se tient, ici, plus modestement dans le rang, partageant l'avant-plan avec la lavande, pour composer un chœur à la fois doucement oriental et aromatique, aux allures de fougère, avant de se finir sur un fond vanillé toujours teinté d'accents caramélisés.

Rappelons que l'appellation de "cologne" se réfère, ici, à la concentration (c'est-à-dire le degré de concentration inférieur à l'eau de toilette, à environ 7%), et pas à la composition hespéridée traditionnelle; la tenue de la fragrance, déjà satisfaisante, est particulièrement bonne pour cette concentration.


Pris dans son ensemble, ce triptyque de colognes est une grande réussite, d'une rare élégance... et parmi les trois, l'Eau Noire est tout simplement irrésistible. Par son travail autour de la lavande, elle joue sur le registre "masculin traditionnel rétro", mais le détourne suffisamment, par l'ajout de l'immortelle, pour lui donner un caractère tout particulier, très distinctif.
Sur un homme, l'Eau Noire conciliera ainsi un fond confortablement familier et une originalité notable dans une tapisserie sans accroc, d'un chic fou. Sur une femme, elle sera peut-être un peu plus inhabituelle, une alternative plus policée à Sables, par exemple.
Dans tous les cas, elle sera superbe.



Maison: Christian Dior (Dior Homme)
Créateur: Francis Kurkdjian
Année de création: 2004
Famille: oriental-fougère
Disponible en eau de cologne, 125 ml (90 EUR), 250 ml et 500 ml, dans les boutiques et espaces Dior Homme et dans la boutique en ligne Dior Homme. Une bougie coordonnée est disponible.


10 commentaires:

carmencanada a dit…

Eau Noire est sur ma liste de "peut-être acheter" depuis un bon moment... Je la trouve un peu plus facile à porter que Sables, moins saturé, moins baroque, comme vous dites. Il est regrettable que Hedi Slimane ne soit plus à la direction artistique de Dior Homme: ses parfums étaient de véritables réussites.

Rafaèle a dit…

Sixtine,

Ouh la la, qu'est-ce qu'il me tente ! Il faut dire que tu en parles très bien, "amoureusement", même ! Et sa parenté avec Sables...
J'ai cela dit un peu de mal à me faire une idée des "fougères"... Une famille peu représentée en parfumerie ?
Le flacon réussi, très sobre, et le nom achèvent de me conquérir... en attendant la "rencontre" !
J'espère bien le trouver à Lille.
Je te dirai ;-) !

Six' a dit…

D,

Exactement pareil, je l'envisage depuis longtemps... mais comme je l'aime un peu plus à chaque nouvel essai, je crois que je vais craquer sous peu!


Rafaèle,

Effectivement, je crois que je me suis un peu laissé entraîner par mon attrait de plus en plus marqué ;)
Je dois dire que les notes proprettes du genre fougère (bergamote, lavande, coumarine) ne me tentent pas vraiment, au premier abord, mais accentuées ici par l'immortelle, elles sont... divines!

Rafaèle a dit…

Sixtine,

Alors, j'ai senti l'Eau Noire ! Moment d'émotion qui précède une découverte attendue ! La vigoureuse bouffée aromatique du départ m'a un peu déconcertée. Un coup de cymbales ! J'ai ensuite perçu la très nette similitude avec Sables : l'immortelle et les notes un peu âcres qui s'ouvrent ici sur un accord "médicinal" assez prononcé (des baumes ? Du benjoin en particulier ?). J'ai pensé au "Contre-coups" des bosses de mon enfance ;-) ! Contrairement à celle du Goutal, l'évolution de l'Eau Noire n'est pas linéaire, elle fait des détours, passe par des phases très différentes. L'une d'elle m'a même rappelé Chypre Rouge... Et, paradoxalement, je le trouve plus difficile à porter que Sables. Point d'infidélité dioresque en vue, donc, pas pour le moment du moins ! Mais c'est un très beau parfum "différent", un "épicé-sucré" (mais pas trop) comme j'aime, qu'il fallait oser créer en ces temps de tiédeur je trouve !
J'ai goûté par la même occcasion au luxe discret de la boutique Dior du Printemps de Lille ;-) !

Antoine a dit…

Un chef d'oeuvre que ce parfum que vous décrivez magnifiquement bien. Je le porte depuis plusieurs années, et j'ai fait une pause l'année dernière en faisant un détour par Encens Flamboyant. Mais je découvre en voulant y revenir que Dior a enrichi sa collection. Cologne Blanche semble avoir totalement disparu, et Eau Noire et Bois d'Argent se noient dans une collection "haut-de-gamme" que toutes les maisons semblent vouloir lancer, et qui, de fait, banalisent un peu le concept d'exception... Et l'augmentation très significative du prix lié au lancement de cette collection l'année dernière est scandaleuse. Il y a deux ans, le flacon de 100 ml était de 90 euros, et il est passé à 150 euros ! Ce n'est plus la qualité et l'originalité d'un parfum qui définissent son caractère d'exception, mais son prix fixé arbitrairement, et répondant uniquement à des critères marketing (si c'est cher, c'est que c'est bien...). Il est bien entendu normal que la qualité des essences, une production de petite quantité, un beau flacon ait une répercussion sur le coût d'un parfum, mais augmenter à ce point le prix d'un parfum pour justifier une collection exceptionnelle et qui devient le seul argument pour ne pas la banaliser, c'est se moquer de sa clientèle, et tromper ceux qui ont suivi et défendu le concept de ces eaux dès leur création. Ces trois eaux étaient à part. Je regrette leur intégration à cette nouvelle ligne qui en affadit et banalise le concept original voulu par Slimane.
Petite anecdote : tout le monde connaît le Papier d'Arménie, ce petit carnet dont on détache les feuilles pour les plier en accordéon et les faire brûler. Ce petit carnet qu'on achète deux ou trois euros en pharmacie ou en quincaillerie est à mon goût le meilleur parfum d'interieur. Francis Kurdjian en a fait une édition, où l'on retrouve ces notes orientales et envoutantes, qui sont très proches de l'Eau Noire...

Ankalogon a dit…

« 100 ml était de 90 euros, et il est passé à 150 euros. »
Ces dernières années presque tout augmente (sauf salaire).
Cela étant, une maigre consolation : C'est 125 ml d'eau de parfum...

Anonyme a dit…

Je porte cette eau, en alternance avec Mitzah, depuis plus d'un an, et je ne suis pas près de me lasser de cette association.

Ankalogon a dit…

Et à 210 €, y'a plus rien à dire :-)

Anonyme a dit…

et à ce jour 324E? sans commentaire? et le produit est épuisé si vous l'aimez c'est le parcours du combattant qui vous attend :)

Anonyme a dit…

je rajoute 324 e les 250 ml quand même mais quand on aime on ne compte pas le précieux Mitzah aussi a disparu des rayons!!