vendredi 28 mars 2008

[Avis] Jungle L'Eléphant - Kenzo


Le prolifique Dominique Ropion (Amarige et Ysatis de Givenchy, Aimez-Moi de Caron) a été chargé, en 1996, de créer une fragrance qui corresponde à l'univers bariolé sauce cyber-jungle de Kenzo.

Le résultat? Une délicieuse bizarrerie appelée Jungle (et même Jungle L'Eléphant, pour la distinguer d'une édition limitée ultérieure appelée Jungle Le Tigre).


Notes de tête: mandarine, cardamome, cumin, clou de girofle
Notes de coeur: ylang-ylang, réglisse, mangue, héliotrope

Notes de fond: patchouli, vanille, ambre, cashmeran

Au tout début, l'association mandarine-épices rappelle plusieurs parfums du même genre - Omnia de Bvlgari ou Rousse de Lutens, par exemple. Cet accord d'épices est pourtant rejoint au galop, et avec toute la délicatesse du pachyderme emblématique de la fragrance, par une formidable note de cardamome surdosée, la plus forte que j'aie sentie dans un parfum jusqu'à présent. Des pointes de cumin et de girofle tentent bien de se frayer un chemin vers l'avant-plan, ainsi que le timide patchouli du fond, mais la cardamome toute-puissante les tient à distance, pour un effet couche-d'épices-sèches qui rappelle à la rigueur (et de très loin) le chai.
Pendant une ou deux heures, la cardamome domine, puis se fait progressivement rejoindre par une riche note de réglisse, bien présente, qui a la même tonalité, à mon nez, que celle d'Aimez-Moi de Caron. L'ylang apporte son opulence crémeuse, la mangue un soupçon d'acidité... et si ces mariages peuvent paraître étranges, ils fonctionnent au final étonnamment bien. Jungle L'Eléphant se teinte alors d'une riche densité, d'une épaisseur florale moelleuse, anisée et toujours épicée. En fond, le patchouli apporte une légère touche terreuse, arrondie par le bois chaleureux et balsamique du cashmeran.

Dans le paysage actuel de la parfumerie de grande distribution, Kenzo Jungle (L'Eléphant) se démarque, c'est le moins que l'on puisse dire! Ce mélange (d)étonnant et franchement tapageur ne plaira certes pas à tout le monde (et gare alors à son sillage et à sa tenue, tous deux assez exceptionnels), mais quel caractère, quelle originalité! Pour moi, le traitement de la note de cardamome justifie à lui seul le flacon.
...et un coup de coeur, un de plus!


Maison: Kenzo
Créateur: Dominique Ropion
Année de création: 1996
Famille: oriental-épicé
Disponible en eau de parfum, vapo 30 ml
(43 EUR), 50 ml (61 EUR) ou 100 ml (83 EUR), en parfumerie.

lundi 24 mars 2008

[Avis] En passant - Frédéric Malle


Les jonquilles sous la neige, voilà un spectacle bien inhabituel pour ce lundi pascal! Aussi, pour invoquer le printemps, j'ai choisi aujourd'hui de porter un parfum qui l'incarne si joliment: En Passant.

Pour les éditions de parfums Frédéric Malle, Olivia Giacobetti (Hiris d'Hermès, Philosykos de Diptyque, Dzing! ou Tea for Two parmi beaucoup d'autres créations pour L'Artisan Parfumeur), qui excelle dans les senteurs limpides et figuratives, a créé un parfum "d'impressions", "le parfum d’un lilas blanc battu par le vent, en humant son odeur portée par l’air du printemps au détour d’un jardin".

Outre le lilas, la composition officielle parle de notes d'eau, de feuilles d'oranger, d'absolu blé et d'absolu concombre... mais essayer de décortiquer les notes olfactives de cet instantané printanier serait aussi triste qu'une analyse grammaticale de Prévert.

En Passant est un moment, une impression, une image.

Un grand lilas, encore couvert des gouttes d'une pluie de printemps qui s'éloigne... le fond de l'air est encore frais, le soleil joue, timide, dans les branches, et fait briller les goutelettes d'eau...
Je ne saurais dire si ce lilas est spécifiquement blanc plutôt que parme, il y a près d'un an que je n'ai senti de lilas en fleur... mais si un jour vous avez perçu des effluves de lilas au printemps et que, la source de ce doux parfum identifiée, vous avez déjà glissé la tête entre ces brassées humides de grappes odorantes, En Passant vous sera familier: il incarne à la perfection cet instant précis, le délicat parfum des fleurs se mêlant à la verdure des feuilles et à la rosée qui les nimbe.

Point ici d'évolution sur la peau, de kaléidoscope de notes: juste le charme discret, simple et limpide, d'un lilas après l'ondée... Et de ce parfum figuratif, il émane le même bonheur paisible qui baigne les toiles des grands maîtres impressionnistes.
Un petit bijou de poésie sans prétention.


Maison: Editions de Parfums Frédéric Malle
Créateur:
Olivia Giacobetti
Année de création: 2000
Famille: floral aquatique
Disponible en eau de parfum, en vapo 50 ml (90 EUR) et 100 ml (130 EUR) et en coffret de trois vapos 10 ml (55 EUR).
En parfumeries sélectionnées et sur le site des Editions de Parfums.


jeudi 20 mars 2008

[Avis] L'Autre - Diptyque


Que voilà donc un parfum étrange...


En voyage à Damas, l'un des trois confondateurs de la marque Diptyque s'est retrouvé soudain figé par les senteurs d'un marché aux épices. Il a alors demandé à Serge Kalouguine, parfumeur de Fragonard, de recréer pour lui cette odeur.

C'est ainsi qu'est née la deuxième création de la marque, L'Autre, sortie en 1973, dix ans après L'Eau: un "mélange sec et sensuel de vingt-sept épices du Proche-Orient".


Notes de tête: cardamome, poivre, carvi
Notes de coeur: coriandre, cumin, muscade

Notes de fond: patchouli

Créé, donc, pour évoquer le Proche-Orient, L'Autre me fait voyager un peu plus à l'Est: son départ intense de citron vert et de cumin rappelle assez le... curry vert thaï.

Très vite, cette note de citron vert - non reprise dans la composition officielle, mais pourtant évidente, à mon nez du moins - disparaît, et le cumin prend alors de la puissance, se fait dominant. On parle régulièrement des relents peu agréables de cette épice, mais je l'ai toujours beaucoup aimée, intégrée dans une composition (témoin mon bien-aimé Kingdom d'Alexander McQueen). Ici qu'elle est en pleine lumière, pourtant, je ne peux que confirmer: à ce stade, L'Autre rappelle réellement, précisément, l'odeur de la transpiration. Autant dire que l'effet en est pour le moins surprenant.
Après une petite heure environ, les autres épices présentes en retrait la rejoignent progressivement, et les effluves secs de cumin, cardamome, muscade et coriandre, pour ne citer qu'eux, nous emmènent cette fois en Inde: à présent, L'Autre prend des allures de garam masala... c'est bien là une odeur sèche d'épices chauffées, voire brûlées par le soleil. La composition, à ce stade, reste pour moi entachée d'un effet d'ensemble nettement culinaire: difficile de me départir de l'impression de porter sur les poignets un plat indien plutôt qu'un parfum!

En fin de tenue, toutes ces épices, fort atténuées, se fondent en un beau parfum de peau très légèrement teinté de patchouli.


Au bout du compte, je dois bien avouer que L'Autre, régulièrement qualifié d'horreur absolue, mérite assez sa réputation: du curry à la transpiration, le voyage olfactif en tête n'est guère appétissant - un comble, d'ailleurs, quand le mélange d'épices qui domine ensuite dans la deuxième phase du parfum évoque si nettement la cuisine du sous-continent!
Pourtant, l'association citron vert-cumin des notes de tête, toute fugace soit-elle, ne manque pas d'intérêt. Et en cœur, le mélange des notes d'épices, une fois leur puissance tempérée, est très plaisant, au point que certains préconisent de se vaporiser de L'Autre avant la douche, pour n'en garder que les bons aspects...
Voilà, en résumé, un parfum extrêmement inhabituel, qui pourrait révulser votre entourage - à ne porter, donc, qu'en toute connaissance de cause!


NB: après avoir été un moment retiré de la vente, L'Autre semble être revenu au catalogue de Diptyque.


Maison: Diptyque
Créateur: Serge Kalouguine
Année de création: 1973
Famille: boisé-épicé
Disponible en eau de toilette, vapo 50 ml, 100 ml et 200 ml, en parfumeries sélectionnées.

lundi 17 mars 2008

[Avis] Insolence et My Insolence - Guerlain

Sorti en 2006, Insolence a été composé "à quatre mains" par Maurice Roucel (24 Faubourg d'Hermès, Tocade de Rochas, L de Lolita Lempicka) et par Sylvaine Delacourte, directrice de la création des parfums chez Guerlain.

Cible explicitement visée par ce parfum rose au flacon-toupie: les jeunes femmes qui sont "attirées par Guerlain", mais ne se sentent "pas encore prêtes" à porter un parfum de la marque...

Résultat, une fragrance qui se veut jeune et piquante, avec une innovation par rapport à la tradition maison: des notes de fruits rouges bien présentes, jusqu'alors boudées car jugées peu sophistiquées. Autre volonté de démarcation, une composition qui entend échapper à la traditionnelle pyramide olfactive en la remplaçant par une structure "en spirale".

Maurice Roucel a, enfin, voulu rendre hommage à un grand classique Guerlain, Après l'Ondée, en incluant des notes de violette, ici volontairement surdosée, et d'iris.


Notes de tête: violette, framboise, pulpe de fruits rouges
Notes de cœur: violette, rose, fleur d'oranger
Notes de fond: iris, fève tonka, résines


Insolence est une violette bonbon, teintée de "fruits rouges" indéfinis, sucrés et assez agressifs, qui gardent une place importante en tête.

En cœur, ils marquent progressivement le pas pour laisser la violette s'affirmer; au fil de l'évolution sur la peau, cette violette se fait poudrée, bien que toujours assez fruitée-sucrée. Composition "en spirale" oblige, elle est effectivement revisitée par moments par un rappel des fruits rouges.

Ce sont les notes de fond qui rappellent le plus qu'on est bien en présence d'un parfum Guerlain: la tonalité fruitée disparue, reste une violette douce et légère, baumée, rafraîchie d'une touche d'iris... et le clin d'oeil à Après l'Ondée y est manifeste.


Beaucoup d'amoureux de Guerlain n'ont pas aimé Insolence, et je comprends aisément pourquoi: le choeur de fruits rouges, clairement présent pour attirer le public jeune, est assez désarçonnant, pas forcément harmonieux avec les notes florales, un peu trop perçant peut-être... Pourtant, lorsqu'il finit par quitter la scène, les notes de fond de violette poudrée-baumée sont très réussies... et élégamment classiques. Pour moi, ce sont elles qui font tout l'intérêt de ce parfum certes pas inoubliable, mais fort plaisant, une fois passée l'initiale stridence des fruits rouges.

Un nom au final bien peu approprié pour une jolie fragrance qui, son solide sillage mis à part, a toute l'"insolence" d'un chaton qui sort juste un peu les griffes.




My Insolence, sorti en 2007 mais juste récemment arrivé dans les parfumeries de France et de Navarre, est la première déclinaison d'Insolence, dont il entend présenter une variante plus douce et plus intime.

Qu'en est-il de ce premier petit frère?


Notes de tête: framboise, notes citrus
Notes de cœur: fleur d'amandier, jasmin
Notes de fond: patchouli, vanille, tonka


My Insolence commence sur une note nettement fruitée, plus clairement framboise que son aîné; j'ai aussi cru y reconnaître une acidité de groseille qui est, apparemment, une note "citrus". Malheureusement, ces fruits tiennent plus des arômes Tricatel que des sous-bois: il y a là la tonalité artificielle de ces bonbons qui vous laissent la langue rose vif...

Ces notes de tête se maintiennent très longtemps, à peine nuancées après quelques heures par un coeur floral assez âcre, jasminé, avec plus qu'un soupçon d'amertume pointant sous le glucose des fruits rouges, et qui finit hélas par s'amplifier nettement dans les notes de fond.


Le tout rappelle une vingtaine de jus similaires mis sur le marché ces dernières années. Contrairement à Insolence, rien ici ne rappelle de près ou de loin Guerlain: le formatage est là, bien palpable, pour vendre, et en quantité, au coeur de cible lolitas. Les moins de 15 ans avides de gourmandises devraient probablement beaucoup aimer.

Globalement inoffensif... mais désolant de la part de Guerlain.



Maison: Guerlain
Créateurs: Maurice Roucel et Sylvaine Delacourte
Année de création: Insolence: 2006, My Insolence: 2007
Famille: fleuri-fruité

Disponible
:
- Insolence: en eau de toilette, vapo 50ml (57 EUR) et 100 ml (81 EUR), en coffret de deux vapos 20 ml (44-50 EUR), ainsi qu'en extrait 7.5 ml (86 EUR).

- My Insolence: en eau de toilette, vapo 30ml (41 EUR), 50 ml (57 EUR) et 100 ml (81 EUR).
Une gamme coordonnée de produits pour le corps est disponible pour les deux parfums;
en parfumerie.

jeudi 13 mars 2008

[Avis] Un Crime Exotique - Parfumerie Générale


Les senteurs d'un marché aux épices vous font tourner la tête? Vous aimez le masala chaï, ce fameux thé noir indien généreusement réchauffé de cannelle, de gingembre, cardamome, poivre et girofle? Vous raffolez du pain d'épices?

Si vous avez répondu "oui" à toutes ces questions, ne cherchez plus, Un Crime Exotique est le parfum fait pour vous!



Notes de tête: anis étoilé, maté, thé
Notes de coeur: osmanthus, cannelle, gingembre
Notes de fond: santal, vanille



Comme le laisse deviner cette pyramide olfactive, Un Crime Exotique est un parfum plutôt baroque.

Le ton est donné dès le départ, dans une tonitruante explosion épicée - cannelle, clou de girofle, gingembre, cardamome - où se laisse déjà deviner une note miellée teintée d'une infime acidité presque fruitée.
Au fil du temps, ce miel s'intensifie, prend du volume sans vraiment se colorer de nuances et, mêlé au trio cannelle-girofle-gingembre, il donne à ce Crime Exotique de francs airs de pain d'épices. L'illusion est confirmée par des tests auprès de mon entourage, qui lui trouve une ressemblance certaine avec les confections Prosper & co.
Le miel, bien que de plus en plus intense, ne devient réellement sucré-gourmand qu'en fond, lorsqu'il se teinte de vanille et que les épices sont passées franchement en retrait, traversées de quelques éclairs presque chocolatés.


Dans ce Crime Exotique, point de recherche d'élégance ou d'abstraction quelconque, et le raffinement presque décadent présent en filigrane dans les plus baroques des compositions de Serge Lutens est absent: c'est une odeur immédiate, brute, presque fruste, qui parle directement aux sens... Elle laisse aussi une certaine impression d'inachèvement, comme s'il y manquait un polissage, un vernis unificateur.
Dans l'ensemble, je ne peux me départir de l'étrange impression que cette - certes absolument délicieuse - senteur devrait émaner d'une tasse fumante, pas de mon poignet... Dans le même genre, je préfère nettement Ambre Narguilé d'Hermès, qui brode aussi sur le thème du marché aux épices gourmand, mais de manière plus subtile et plus élégante. Par contre, les amoureux du pain d'épices y trouveront leur Graal!


Maison: Parfumerie Générale
Créateur:
Pierre Guillaume
Année de création: 2007
Famille: oriental épicé
Disponible en eau de parfum, en vapo 50 ml ("création privée n°513", 95 EUR) et 100 ml ("création privée n°113", 145 EUR) sur le site de la Parfumerie Générale.

mardi 11 mars 2008

[Avis] Poison - Christian Dior


Pour beaucoup, Poison de Christian Dior est devenu synonyme d'invasion olfactive.

C'est qu'à sa création en 1985, le succès de ce vénéneux élixir fut tout à fait fulgurant. Poison était partout (il s'en est vendu, paraît-il, jusqu'à un flacon toutes les 50 secondes), et ses amatrices les plus enthousiastes n'hésitaient pas à s'en vaporiser un peu trop généreusement... La petite histoire veut même que certains restaurants new-yorkais - d'autres disent français - l'interdirent pour permettre à leur clientèle de déjeuner en paix.

Pourquoi un tel succès?

Premier parfum de la maison dont le nom ne soit pas une variation de "Dior" (à l'instar des précédents Diorling, Diorissimo, Diorama, Miss Dior, etc.), Poison, composé par Edouard Fléchier (Acqua di Gio d'Armani, Lys Méditerranée et Une Rose... de Frédéric Malle), se voulait être en rupture avec la tradition des parfums Dior, et même avec la parfumerie traditionnelle... et rupture il y eut!


Notes de tête : coriandre, piment, prune, anis étoilé
Notes de coeur : rose, tubéreuse, oeillet, cannelle
Notes de fond : ambre, santal, opoponax, musc



Poison est, à tout le moins, un bouquet capiteux à l'extrême, opulent et sucré.
Son "secret"? Les damascones, volontairement surdosées. Ce sont ces puissantes molécules, qui venaient à l'époque d'être isolées à partir de l'huile essentielle de rose, qui donnent à Poison cette tonalité fruitée, épaisse et moelleuse, qui rappelle le pruneau.
Cette note fruitée domine en tête, mêlée aux épices qui lui donnent du relief sans s'affirmer distinctement par elles-mêmes, la coriandre juste un peu plus remarquable.
Elle se poursuit, juste un peu tempérée, dans les notes de coeur, où elle se fond dans un bouquet floral de tubéreuse et de roses épaissies par les damascones, toujours nuancée par les épices.
Ce n'est que dans les notes de fond que cette sombre et dense tonalité fruitée finit par s'estomper, pour se finir dans un fond floral-ambré et sucré toujours.




L'effet global de Poison est celui d'un sirop, dans la consistance, avec sa tonalité sucrée et épaisse, comme dans la... couleur: flacon parfaitement étudié pour ce parfum qui évoque, de manière assez saisissante, la couleur prune.
"Poison" il est, peut-être, mais ce serait plutôt à la façon des philtres d'une Circé: il y a dans le puissant sillage de cette fragrance une séduction manifeste, voire théâtrale, mais alanguie, presque narcotique.

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Poison fait assurément partie aujourd'hui des classiques modernes de la parfumerie. Il peut au premier abord paraître daté, mais c'est, précisément, que son immense succès à l'époque a fait naître bien d'autres parfums du même style... et à présent que l'engouement est retombé et qu'Angel l'a détrôné du palmarès des parfums omniprésents et ô combien polarisateurs, il est certainement à revisiter.


Test de la version eau de toilette.


Maison: Christian Dior
Créateur: Edouard Fléchier
Année de création: 1985
Famille: floral - tubéreuse oranger
Disponible en eau de toilette, vapo 50 ml
(65 EUR) ou 100 ml (94 EUR), et en extrait de parfum, vapo 7.5 ml (96 EUR), en parfumerie. Un lait pour le corps coordonné est disponible.


Images: Christian Dior; publicité par Vincent Peters, 2002 (via John Coulthart).


vendredi 7 mars 2008

[Avis] Lipstick Rose - Frédéric Malle


Il est des parfums qui demandent une période de familiarisation, parfois très longue, avant de se révéler. D'autres, par contre, s'imposent immédiatement, comme une évidence.
Lipstick Rose
est de ceux-là.

Ralf Schwieger (Eau des Merveilles d'Hermès) signe pour la collection d'"éditions de parfums" de Frédéric Malle une fragrance qu'il a voulue gaie et souriante, recréant olfactivement l'image figurative d'une femme en train de se maquiller: la féminité glamourisée.


Composition: rose, violette, musc, vanille, vétiver, ambre

Pas de doute, dès le départ, l'odeur est intensément cosmétique: c'est bien là l'odeur des bâtons de rouge à lèvres d'antan, un mélange de rose et de violette sucrée avec une note cireuse que je ne parviens pas à identifier, mais qui contribue notablement à l'illusion. Malheureusement, sur ma peau, cette note vire instantanément au plastique âcre... et prédomine pendant une bonne heure.
Une fois dissipée, elle laisse place à cette même senteur exacte de rouge à lèvres, un peu poudrée, assez sucrée sans virer au sirupeux, qui se poursuit pendant toute la tenue du parfum.
Lipstick Rose change peu au fil du temps (passé, sur moi, le cap du plastique), sauf pour s'enrichir après quelques heures d'une touche croissante de framboise, à mon nez, qui s'intègre joliment dans la tonalité d'ensemble.


Contrat parfaitement rempli pour Lipstick Rose: difficile pour un parfum d'être plus fidèle à son nom!
Cette senteur de rouge à lèvres déborde de personnalité, s'affiche théâtralement - elle doit faire tourner les têtes! Et si c'est effectivement bien là la féminité glamour personnifiée, elle se teinte d'un petit côté canaille de bon aloi: c'est le bâton de rouge d'une des mutines pin-ups de Gil Elvgren, bien plus que celui d'une femme fatale...

Sillage bien présent et excellente tenue, ce parfum à la fois flirty et ludique se révèle terriblement attachant.



Maison: Editions de Parfums Frédéric Malle
Créateur:
Ralf Schwieger
Année de création: 2000
Famille: floral rose-violette
Disponible en eau de parfum, en vapo 50 ml (90 EUR) et 100 ml (130 EUR) et en coffret de trois vapos 10 ml (55 EUR).
En parfumeries sélectionnées et sur le site des Editions de Parfums.



dimanche 2 mars 2008

[Avis] Five O'Clock au Gingembre - Serge Lutens




Oyez, oyez, braves gens! Le Lutens nouveau est arrivé!
Avec un nom qui a d'ailleurs fait se lever quelques sourcils outre-Atlantique, Five O'Clock au Gingembre rend hommage à la très anglaise tradition du tea-time, version début du siècle: thé parfumé et petits biscuits, accompagnés ici d'une coupelle de morceaux de gingembre confit.

Le décor est posé... et si nous prenions maintenant le thé ensemble?



Notes de tête: bergamote, thé
Notes de cœur: gingembre, cannelle, bois, poivre
Notes de fond: vétiver, miel, cacao noir, ciste-labdanum



A l'heure du five o'clock tea, rien de plus normal que le départ de la fragrance soit si intensément marqué par la bergamote: c'est ce petit agrume, mélangé au thé noir, qui donne son parfum au thé Earl Grey.

Ces notes de tête se transforment de manière très naturelle, en fondu-enchaîné, en un cœur de gingembre délicat. Bien loin de l'intensité stridente de la racine fraîche de gingembre râpée, la note a plutôt gardé l'aspect amadoué - la fraîcheur et le piquant tempérés - mais tout autant riche en arômes du gingembre confit, sans en ajouter la facette sucrée. Cette note subtile ne s'affiche pas même à l'avant-plan: elle est enrobée d'une couche d'épices douces, cannelle en tête, pour un effet global velouté, tout en mesure.

La froide amertume du vétiver se fait davantage présente en fond, adoucie par une touche très légèrement sucrée et une ombre de cacao, qui s'accentuent d'ailleurs à la toute fin de la tenue du parfum.

Ce Five O'Clock au Gingembre a une composition particulièrement intéressante, articulée autour de plusieurs fils rouges qui illustrent chacun une facette de l'odeur du gingembre: la fraîcheur citronnée soulignée par les notes de tête hespéridées et le piquant accentué par le poivre. S'y ajoute une amertume présente en filigrane à travers toute la fragrance et qui va crescendo, de la bergamote et du thé au vétiver et au cacao.

L'ensemble compose un parfum complexe, tout en subtilité, épicé et sec mais sans excès, assez dans l'esprit du Rousse de la même maison mais avec plus de nuances... Five O'Clock rend hommage de la plus belle manière au gingembre, note trop souvent réduite à un simple ingrédient "frais poivré": ici, elle se fait pépite précieuse autour de laquelle se sculpte un parfum particulièrement raffiné.

Petite note enfin sur la classification "masculine" d'Osmoz: si les notes pourraient effectivement, au premier abord, paraître plus masculines, l'allure d'ensemble du parfum me semble parfaitement mixte.

Une tasse de thé Mariage Frères, pour ne pas les citer, accompagnée de gingembre confit -volontiers enrobé de chocolat noir -, représente pour moi l'image à peu près parfaite de la félicité. Faut-il préciser que je chéris ma nouvelle bouteille de Five O'Clock au Gingembre?



Maison: Serge Lutens (gamme export)
Créateur: Christopher Sheldrake
Année de création: 2008
Famille: oriental-épicé
Disponible en eau de parfum, vapo 50ml, en parfumeries sélectionnées (80 EUR)


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