[Avis] Myrrhe Ardente - Annick Goutal


Précieuse myrrhe...

La seule évocation du nom du deuxième présent des Mages fait jouer l'imaginaire. Matière-reine dans l'Antiquité, cette gomme-résine odorante a des accents chaleureux, un peu réglisse, assez médicinaux, et qui me rappellent curieusement l'odeur du beurre de cacao. Elle était largement employée dans les parfums, gage de séduction, mais aussi - et surtout - dans les embaumements: pas une momie égyptienne qui n'en fut proprement farcie! Dans les traditions orthodoxes, elle a d'ailleurs conservé cette aura sacrée...

Au cours de l'histoire de la parfumerie, la précieuse matière a peu à peu perdu de sa vogue. Finies les premières places, elle n'a longtemps plus été utilisée que par petites touches modificatrices, bien discrètes, dans les fragrances. Grâces soient donc rendues aux marques de niche, qui l'ont remise à l'honneur: La Myrrhe de Serge Lutens, devenue référence de ce renouveau, la défunte Eau Trois de Dyptique,  Myrrhe et Merveilles de Keiko Mecheri, et à présent Myrrhe Ardente d'Annick Goutal lui rendent sa juste place.

Dans son interprétation de la myrrhe, la maison Goutal en abandonne toutes les connotations sacrées et funéraires, et la matière s'y veut toute séduction, "enveloppante, lascive, ardente"...


Notes de tête: essence de myrrhe
Notes de cœur: bois de gaïac, cire d'abeille

Notes de fond: résinoïde de myrrhe, benjoin, fève tonka, vétiver



Qui ne connaît la myrrhe que par la fragrance éponyme de Serge Lutens risque d'être surpris: son traitement, dans ce nouveau volet des Orientalistes, est très différent.

Comme Ambre Fétiche, le départ du parfum est assez corsé, mais à l'impérieuse âpreté du premier succède ici une très nette tonalité fumée, celle du bois de gaïac. Elle s'entoure d'une couche d'encaustique / cire d'abeille, sous laquelle se déploient déjà amplement les relents de beurre de cacao de la myrrhe.

Au fil des heures, la facette fumée du gaïac passe progressivement au second plan, en restant malgré tout présente. La myrrhe elle-même s'affirme davantage, ses accents de réglisse, son côté un peu médicinal se font plus manifestes, tandis qu'au loin se laisse deviner le grésillement de l'encens d'église, fil rouge de ces Orientalistes.

A mesure que le gaïac fumé continue à s'amenuiser, emportant les côtés les plus ouvertement médicinaux de la myrrhe, sa facette beurre de cacao, toujours un peu anisée, prend les premiers rôles. Dépouillée de ses aspérités les plus marquées, Myrrhe Ardente se fait alors moelleuse, voire onctueuse. Elle se teinte d'une touche gourmande qui va croissant, se sucre, se réchauffe des accents vanillés et balsamiques du benjoin et de la fève tonka... et c'est ainsi qu'elle finit sur la peau, ronde et gourmande, chaleureuse, toujours soulignée d'un léger encens fumé.



En mêlant la myrrhe à un bois fumé, en l'entourant de benjoin de cire d'abeille, Isabelle Doyen et Camille Goutal proposent ici une fragrance à la fois surprenante, au départ, puis délicieusement  accueillante et  moelleuse. On est loin de la - par ailleurs superbe - version lutensienne!
Si, dans ce trio de parfums conçus comme mixtes, Camille Goutal l'annonçait plus masculine (comme Encens Flamboyant, et contrairement à Ambre Fétiche), la deuxième partie de l'évolution de Myrrhe Ardente me paraît à vrai dire assez féminine. La rémanence sur la peau est bonne, le sillage plus limité que celui de l'Ambre, mais toujours satisfaisant. 

Cette Myrrhe est peut-être plus chaleureuse que véritablement "ardente"... mais quand le communiqué de presse la prétend "addictive", il ne ment pas! Je ne pensais succomber qu'à l'Ambre, mais cette enjôleuse Myrrhe Ardente m'a bien vite conquise... amateur(trice)s de la note, amoureux(ses) d'orientaux, découvrez-la!
 
 
Test de la version eau de parfum.


  
Maison: Annick Goutal
Créateur: Isabelle Doyen
Année de création: 2007
Famille: oriental-boisé
Disponible en eau de parfum, vapo
100 ml (120 EUR), en parfumeries sélectionnées, dans les boutiques Annick Goutal et sur le site de la maison. 
Sont disponibles en édition limitée, l'eau de parfum en flacon godron de 50 ml (95 EUR), le gel douche, la crème pour le corps et la bougie coordonnés, ainsi qu'une version extrait de parfum, flacon 50 ml uniquement en coffret avec Encens Flamboyant et Ambre Fétiche (500 EUR). 
 
  
Images: Annick Goutal


4 commentaires:

Nathalie a dit…

Tes avis et ceux de grain de musc me donnent envie de revisiter ces orientalistes sur lesquels je suis passée, peut être, un peu trop vite… :)

Poivrebleu a dit…

Nouvelle année, nouveaux parfums, nouveaux projets... Premier tag de l'année! Sixtine, dis nous quelles sont tes bonnes résolutions pour 2009?

http://poivrebleu.wordpress.com/2009/01/25/taggee-pour-la-nouvelle-annee/

Sit a dit…

Très belle description d'un parfum que j'apprécie beaucoup, bien qu'il soit sur moi plus sec que ce qui est décrit ici... Merci !

Anonyme a dit…

bravo pour cette très belle description !