[Avis] Ninfeo Mio - Annick Goutal



Avis à la population.
Ninfeo Mio, le dernier parfum d'Annick Goutal, est parfaitement exquis.
Qu'on se le dise!


Si je peux apprécier objectivement les représentants bien conçus de la famille hespéridée, à dominante de notes toniques et pimpantes d'agrumes, je trouve qu'ils ont en général peu à dire. Ils annoncent haut, sabre au clair, leur éclatante fraîcheur acide-amère... puis tendent à camper sur leurs positions, sans plus ajouter grand chose.

Le dernier-né d'Annick Goutal, Ninfeo Mio, est une merveilleuse exception - et un immense coup de cœur. Cet hespéridé-là (peut-être aussi parce qu'il est hybride, mi-hespéridé, mi-boisé) a une personnalité, une richesse - non pas dans le sens où il donnerait une impression de densité olfactive, mais parce qu'il a mille et une histoires à vous raconter.

Celle de sa conception, du moins, a déjà été maintes fois relatée: on sait comment Camille Goutal et Isabelle Doyen, "nez" presque attitré de la maison, réfléchissaient ensemble à une formule rendant hommage au mythique jardin des Hespérides. Comment un ami les a invitées à visiter un merveilleux jardin privé près de Rome, il giardino di Ninfa. Et comment, lorsque les deux créatrices ont décidé de voir enfin ce fameux jardin sur pièce, ce fut une révélation: lavande, écorces et feuillage, agrumes et figues, tout correspondait trait pour trait à cet Eden qu'elles avaient imaginé sur papier.
Ninfeo Mio traduit en senteurs cette incroyable rencontre.... et cette composition ravissante, animée d'un réel souffle, garde les traces de ce moment de grâce.




A la vaporisation, Ninfeo Mio explose de nuances vert soutenu, avec une note profondément végétale qui rappelle l'herbe tendre, entrelacée de la verdeur tranchante du galbanum; s'y mêle au départ une amertume assez prononcée. Mais bientôt, il entonne à tue-tête un joyeux refrain citronné: zestes en avalanche, citron frais délicieusement acide, cédrat, citron vert parfumé, on en boirait!

L'évolution s'enrichit d'une facette d'herbes aromatiques, d'une fine brume de bois transparents; une très discrète lavande joue les figurantes. Une belle note de feuille de figuier monte, verte et duveteuse, se mêle au citron qui dure et dure encore. Peu à peu, elle s'affirme, et le parfum se fait ravissant mélange hespéridé et lactonique, un figuier citronné à peine sucré. Cette première phase est parfaitement délicieuse, fraîche et entraînante, réjouissante même: Ninfeo est l'un de ces rares parfums qui vous mettent de bonne humeur...

Il ne se limite pourtant pas à cette succulente tarentelle d'agrumes et de figue, et c'est là aussi qu'il va plus loin qu'un hespéridé traditionnel comme l'élégante Eau d'Hadrien: la nuance boisée est bien là, derrière les zestes, qui ajoute progressivement de la profondeur de champ, lui donne du corps. Et la fragrance tient du kaléidoscope tout au long de sa vie sur la peau: d'une fois à l'autre, elle fait apparaître l'illusion olfactive tantôt de vert de tomate, tantôt de menthe, tantôt de verveine dans les premières phases; ensuite, on y sent flotter une senteur de mangue verte. Il semble malheureusement aussi que certains épidermes la fassent horriblement virer en note acide, voire carrément pipi-de-chat (!)

Au fil du temps, l'acidité se dilue, la suavité laiteuse s'amplifie. Une volute fumée se fait sentir en fin de tenue, toujours teintée de figue et de citron vert qui se sucre; elle se fait plus dense, un peu moins vive, résonne d'accents réglissés.

Comme Un Matin d'Orage, autre sortie récente de la maison Goutal, Ninfeo Mio crée autour de lui toute une atmosphère, mais celle qu'il peint ici est bien différente: c'est un jardin dense et ombragé, tout en verts émeraude et en jaunes vifs, où d'éblouissants rayons de soleil percent la canopée. Vibrant, lumineux, sa délicieuse fraîcheur citronnée, pour employer la savoureuse expression de Colette, "fait regipper comme une tarte aux fruits pas assez sucrée"... il danse sur la peau, y virevolte joyeusement pendant des heures, vous invite dans sa ronde et vous donne le sourire.


Pour un bel éclairage sur la conception de Ninfeo Mio: interview d'Isabelle Doyen sur Grain de Musc.



Notes de tête: extrait de galbanum perse, essence de cédrat, citron d'Italie, absolu lentisque
Note de cœur: essence de petitgrain bigarade, essence d’orange amère, lavande, feuille de figuier
Notes de fond: bois de citronnier, note lactée, figue, bois crémeux



Créateur: Isabelle Doyen (et Camille Goutal)
Année de création: 2010
Famille: hespéridé-vert-boisé
Disponible en Eau de Toilette, vapos godrons 50 ml (65 EUR) et 100 ml (89 EUR), vapo rectangulaire 100 ml (75 EUR) et vapo boule papillon 100 ml (250 EUR), dans les boutiques Annick Goutal et en points de vente sélectionnés.


Images: Luckyscent; Antonio Passaseo - le jardin de Ninfa (via Panoramio); Annick Goutal

9 commentaires:

Kristina a dit…

Et bien, j'ai eu droit au pipi de chat sur ma peau, en fin d'évolution. :-/ J'ai fait le test en vaporisant sur du papier, et point de pipi de chat sur le papier. C'est dommage car j'adore vraiment les 2-3 premières heures. M'en fiche, je le vaporise sur les vêtements. :-D

carmencanada a dit…

Je ne suis pas non plus une passionnée, comme tu le sais, des hespéridés. Mais Ninfeo Mio est, comme le dit Isabelle Doyen, un "faux frais" dont tu décris bien les détours et les bosquets. J'espère pouvoir bientôt le tester dans des conditions plus estivales...

veneziana a dit…

C'est exactement cela, un parfum gracieux et joyeux, un génie des jardins à la fois séducteur et malicieux. Goutal ou l'art de faire du classique inattendu, déjà avec Un matin d'orage, très réussi !
Je ne suis pas fan des hespéridés, loin de là, mais celui ci, après une belle envolée de citron, va plus loin... va ailleurs... et me donne envie de le suivre dans ces jardins de Ninfa !

Six' a dit…

Kristina,

Mince, c'est pas de chance... mais tu as trouvé une excellente solution, skin is overrated anyway ;)

Six' a dit…

D,

Voilà, c'est exactement ça, un faux frais! Et il me plaît tant que je ne peux pas attendre jusqu'à l'été pour le porter, il ensoleille même ces si mornes journées...

Six' a dit…

Veneziana,

Malicieux, exactement! Et j'ai aussi perçu le Matin d'Orage et ce Ninfeo comme des retours sur des structures classiques, mais en les faisant danser, en les renouvelant de manière vraiment séduisante... Décidément, Ninfeo Mio semble être l'hespéridé qui ravit les réfractaires au genre!

Clochette a dit…

Coup de foudre total! Je pense qu'il est impossible de ne pas adorer, c'est parfaitement équilibré, un hespéridé chaud! Et je suis persuadée qu'avec les températures élevées il va s'exprimer encore mieux, le lacté crémeux de la figue va paresseusement se fondre à la peau, ça va être génial! Du grand Goutal/Doyen!

Clochette a dit…

Il évolue plutôt sucré, sur moi, avec une note noix de coco. Au final, j'ai quelque chose qui se rapproche des boules "Raffaello" de Ferrero enrobées de copeaux de noix de coco, vous voyez lesquelles?

Six' a dit…

Clochette,

...bien d'accord! Coup de foudre de mon côté aussi, et - émissions félines mises à part - je me demande aussi qui pourrait bien ne pas l'aimer....

Je lui trouve aussi une évolution un peu sucrée, et sur ma peau, un peu réglisse, si pas vraiment Raffaello (impression qui ne doit pas être déplaisante, d'ailleurs!) - la coco, avec la note suave de lait de figue, je vois où elle pourrait se faufiler dans le tableau...

En tout cas, un petit bijou, nous sommes d'accord!