[Avis] Dzing! - L'Artisan Parfumeur





Approchez, approchez, Mesdames et Messieurs!

Il paraît qu'à son lancement, en 1999, cette délicieuse bizarrerie s'appelait Désir de Cirque. Aujourd'hui en tout cas, elle est devenue onomatopée, un grand fracas de cymbales: Dzing!

Remontant à ce qu'on pourrait considérer comme la "période poétique" de L'Artisan -  La Chasse aux Papillons, le trio Je t'ai Cueilli une Fleur datent de la même époque -, Dzing! a été conçu comme un véritable spectacle olfactif: c'est toute une après-midi au cirque qui se déroule devant vos narines, et à chaque nouveau numéro, une senteur nouvelle entre en piste.

En prélude, Mademoiselle Zaza arrive et distribue des roses aux dames; le bois des gradins se mêle à la sciure de la piste. Et le premier numéro commence: la trapéziste entre en scène, accompagnée de son chat dont la fourrure exhale une odeur veloutée; leur succède l'écuyère et ses chevaux à la robe baumée.
Déjà l'entracte! On vend des friandises arôme caramel.
Le spectacle reprend: odeur suave de la panthère noire obéissant au dompteur, nuages de talc sur les paumes des acrobates, effluves de cuir du harnais des douze chevaux....

Un tel numéro de haute voltige parfumée, en parade narrative de notes, paraissait des plus alléchants. Hélas, à mon nez, le spectacle se réduit en réalité au service minimum, et s'il n'est pas réellement monolithique, Dzing! ne me paraît pas non plus particulièrement évolutif.
Et au départ, en fait de chats, de panthères et de caramels, je sens surtout du... vinyle.




Si cette note vinyle est autant, voire même plus appuyée que dans Bvlgari Black, elle s'y fait aussi moins policée: là où Black la mariait à parts égales à un musc blanc vanillé, pour un fini satiné très dandy, Dzing! exploite au contraire ses facettes goudron-cuiré-fumé-brûlé, beaucoup plus brutes. Ajoutez-y les accents médicinaux du safran, et le départ pétaradant du parfum vous donnerait presque l'impression non pas d'être Sous le plus grand chapiteau du monde, mais d'avoir le nez collé sur sa pellicule...

Ces notes vinyle/brûlé restent très soutenues pendant une bonne heure. On y devine aussi, en filigrane, un  côté selle de cheval et les vapeurs d'un thé noir fumé qui rappelle celui de Tea for Two. C'est peu dire que l'effet global est étrange... et pas vraiment plaisant, d'autant que si certains semblent pouvoir distinguer aussi la rose de Mademoiselle Zaza, sur ma peau du moins, elle joue les femmes invisibles.

Après cette heure, pourtant, Dzing! s'apprivoise. Envolé, le côté brûlé: le vinyle se change en cuir souple à peine animalisé, et se sucre doucement, réchauffé de benjoin. Devenu un remarquable cuir-thé-praline encore un peu fumé, légèrement baumé et effleuré d'un soupçon de poudre (la sciure?), le parfum reste toujours résolument inhabituel, mais il a passé le cap du presque importable pour se faire presque... confortable.  Et cette douceur nouvelle met bien en valeur toute l'originalité sans prétention de la composition, collage improbable, toujours intrigant, mais à présent d'une belle harmonie.

Au fil du temps, Dzing! va s'épurer pour se terminer sur un plus traditionnel nuage de muscs blancs, nuancés de notes balsamiques joliment vanillées. Un final classique, donc, comme un baume sur ce cœur fascinant.

On imagine aisément qu'un parfum aussi distinctif n'attire qu'un public restreint. L'Artisan a déjà supprimé le conditionnement 50 ml, et les rumeurs d'arrêt pur et simple de Dzing!, qui courent depuis plusieurs années, se font hélas de plus en plus insistantes... alors qu'il est l'un des plus originaux de la marque, et qu'il n'a pas vraiment son pareil sur le marché. À bon entendeur...


Note 31/10: de source sûre et certaine chez L'Artisan, ce n'étaient bien que des rumeurs, et Dzing! ne risque rien. Ouf!




Notes de tête: rose, iris blanc, jonquille
Notes de cœur: gingembre, cannelle, safran
Notes de fond: castoreum, baume du Pérou, benjoin, musc
[plus: cuir, bois blond, caramel]

Maison: L'Artisan Parfumeur
Créateur: Olivia Giacobetti
Année de création: 1999
Famille: cuiré gourmand boisé
Disponible en Eau de Toilette, vapo 100 ml (90 EUR). En points de vente sélectionnés et en ligne sur le site de la maison.

[impression personnelle] tenue ++- sillage +-- [la tenue semble faible sur certaines peaux, normale sur d'autres]


Images: flacon (via L'Artisan Parfumeur); Pablo Picasso - Au cirque: écuyère, clown et pierrot (Suite 347, pl. 42), 1968, aquatinte (via galerie Westpoint Fine Art).



9 commentaires:

Merytsia a dit…

Ton article tombe à pic : j'ai mis Black ce matin, et je réfléchissais à ce que j'allais porter ce soir. Je n'ai encore jamais pris le temps de porter Dzing ! mais lors des quelques petits essais que j'avais fait, je l'avais perçu comme un fourrure-cuir-caramel extrêmement joyeux, un parfum qui me donne instantanément le sourire. Je vais essayer de détecter la note vinyle ce soir (que j'ai savourée ce matin avec Black).

Jeeks a dit…

C'est une étrange cacophonie que ce Dzing en effet, mais on ne peut que louer son excenticité!
Bravo pour ce post qui met bien en lumière son étrange beauté!
Pourvu que l'Artisan Parfumeur ne perde pas de vue cet univers poétique et parfois mutin qui fut longtemps le sien.

carmencanada /Grain de Musc a dit…

Tiens, les grands esprits se rencontrent (allez, jetons-nous des fleurs), car la semaine dernière j'ai porté Dzing deux jours d'affilée, l'ayant beaucoup négligé. Le monsieur avec lequel je déjeunais n'a pas apprécié ses vapeurs phénolées, qui lui rappelaient un antiseptique... Je me contenterai donc de le ressortir en son absence. Il est vrai que son rendu est très différent sur peau que dans le sillage.

anatole a dit…

C'est marrant parce que Dzing m'évoque une seule chose, une madeleine: les palettes de peinture à l'eau que j'avais à l'école dans les années 70. Parfois c'est aussi du carton mouillé. Mais jamais de cirque. Dommage!
Une anecdote: il y a quelques mois au cinéma je m'installe et au bout de quelques minutes je trouve que ça sentait le musk, mais y'avait personne autour ,alors je me dis "tiens ils parfument les sièges maintenant". Je ne pouvais pas me concentrer sur le film, ça sentait le musc qui chercherai à cacher l'odeur de fauve d'une salle surchauffée et c'était vraiment tenace. C'est seulement en sortant que j'ai réalisé: j'avais écrasé un échantillon de Dzing dans ma poche! Après coup je me dis que c'est peut-être pas une mauvaise idée: ça changerai des odeurs de coca et de popcorn.

Thierry a dit…

C'est étrange cette allusion au vinyle ... je trouve au contraire que Dzing ! est beaucoup plus portable que Black parce que plus "naturel".
Par ailleurs, même si je comprends facilement qu'il ne soit pas consensuel, c'est pour moi une réussite puisque qu'il allie une dimension un peu "gourmande" qui peut séduire un public large tout en restant souple, fondu alors qu'il manie des composants étranges ou "dérangeants".

Rafaèle a dit…

Sixtine,

Moi non plus, je n’arrive pas à « voir » la succession des « numéros » ! A mon avis le descriptif est un peu tiré par les cheveux, et l’évocation approximative ! Pas si "narratif" que ça, donc, comme tu le soulignes. C’est le trio caramel-cuir-musc qui accapare le "spectacle" olfactif et le spectateur ! Mais c’est pour ces notes que j’ai aimé Dzing …
Il m’a séduite il y a une dizaine d’années et je l’ai pas mal porté. Il ne ressemble à rien d’autre. La note « sauvage » du cuir mêlée à une douceur sucrée en fait un parfum original et chaleureux. Je me souviens du moment et du lieu de son achat : un fleuriste ( !) de Saint-Malo, derrière le Sillon, un 15 août !
J’ai remis la main sur un échantillon. Je décèle comme toi le vinyle, auquel je n’avais pas prêté attention auparavant ! Cependant ce qui me gêne est la fin d’évolution un peu « sale » - dans le mauvais sens du terme si on peut dire. Ce n’est pas dû au musc à mon avis. Un santal mal travaillé ? Les rumeurs de disparition courent depuis un peu plus de deux ans mais je ne l’ai pas racheté pour cette raison.

Six' a dit…

Méryt,

Alors, tu as senti le vinyle finalement? Pour moi, la note est même plus marquée que dans Black, plus brute... (excellent concept que d'assortir les parfums du matin et du soir!)

Six' a dit…

Jeeks,

Merci à toi!
Je dois dire que chaque fois que je redécouvre L'Artisan, je suis enchantée. Avec l'évolution (réelle) de la marque, il y en a finalement pour tous les goûts dans la gamme actuelle: les madeleines poétiques, la simplicité champêtre avec de jolis soliflores, les exercices plus "cérébraux", et cette phase actuelle de jeu sur les matières (comme l'a bien mis en lumière CC/Denyse), qui me ravit. C'est vraiment une maison remarquable, et je dois dire que maintenant, je suis chaque fois impatiente de sentir leurs nouveautés... ce n'était plus le cas il y a deux ans. Pourvu que ça continue comme ça!

Anonyme a dit…

Très joli texte sur Dzing ! Je l’adore ce parfum et je suis soulagée que l’Artisan le maintienne parce que pour ma part les nouveautés de la marque ne m’ont pas enthousiasmées.

Quand j’étais petite on avait un clodo dans le village. Ce type ne se lavait jamais et l’hiver il passait son temps dans une petite bicoque chauffée au feu de bois. A force de s’enfumer de la sorte, il avait fini par fleurer une espèce d’odeur animale assez prégnante : on pouvait littéralement le suivre à la trace. Mais finalement, même s’il boucanait, ce fumet était constitué de tellement de strates, qu’il n’était plus vraiment désagréable. Le nez n’identifiait plus les référents classiques de la saleté, c’était bien au-delà. En fait, il sentait le cuir. La première fois que j’ai découvert Dzing, ce n’est pas le cirque qui s’est matérialisé devant moi mais cet homme et tout un pan de mon enfance. J'en ai gardé de la tendresse pour ce parfum.

Le côté un peu sale que mentionne Rafaèle, vient de la Tonkitone et certainement aussi d’une trace de cumin. En ce qui me concerne, je ne trouve pas que cela soit un défaut, bien au contraire! ;-)

PS : je prépare ton petit colis dimanche... Si tu as des souhaits particuliers, it’s the last minute. Sans nouvelle de ta part, je t’enverrai un mix de mes préférées. Bises, Nathalie