[Avis] Omnia - Bvlgari



Ces dernières années, les fameux disques entrelacés d'Omnia de Bvlgari se sont démultipliés dans les rayons des parfumeries, déclinés en une succession de couleurs pâles - transparent pour Crystalline, parme pour Améthyste, vert d'eau pour Green Jade. Ces flankers pastel ont même pratiquement fini par pousser leur ancêtre vers la sortie... alors qu'il est peut-être le plus intéressant de la série.

Loin des fleuris légers subséquents, le premier Omnia est un oriental conceptuel, au sens où son créateur, Alberto Morillas (CK One, Flower de Kenzo, Essence de Narciso Rodriguez), a voulu remonter aux sources du parfum "oriental" - la route des épices, l'Inde, le berceau de nos cultures - et en donner une réinteprétation moderniste.
Principale inspiration olfactive: le chaï masala, ce thé indien typique, sucré, lacté et épicé, à dominante de cardamome saupoudrée de girofle, gingembre, parfois aussi de poivre noir, de cannelle, de safran.
La recherche allait ainsi dans le sens d'une rencontre entre olfaction et gustation, mais sans tomber dans le gourmand simpliste: Omnia ne se voulait pas un parfum hype, à écouler en masse et rapidement, mais plutôt un classique en puissance, qui trouverait son public lentement.




Le résultat est un beau parfum sec, oriental mais sans ambre ou vanille: boisé et épicé, il s'inscrirait dans la même lignée que Rousse de Serge Lutens.

Si la composition officielle cite du chocolat blanc dans les notes de fond, c'est en réalité en tête qu'Omnia susurre ses seules notes sucrées: sur un arrière-plan durable d'écorce de mandarine, une brise d'épices sèches, cardamome et cannelle surtout, s'étoffe de notes crémeuses-sucrées qui évoquent le beurre de cacao, ou effectivement le chocolat blanc. Mais malgré la savoureuse boisson qui a inspiré la fragrance, et malgré cette note cacao, la gourmandise n'est pourtant que suggérée: ces notes viennent principalement arrondir les épices, les empêcher de sombrer dans le poudreux-crayeux.
C'est d'ailleurs ce qui caractérise Omnia: s'il parle avant tout d'épices, il les ponce, les polit pour les rendre douces et soyeuses, presque caressantes, tandis qu'un souffle d'hédione lui insuffle une grande légèreté, le fait respirer. Point donc d'effet caliente ici, rien de corsé, pas le moindre souk en vue - que de la douceur.

Fil conducteur, le mariage de cardamome et de cannelle, avec d'autres épices plus discrètes pour demoiselles d'honneur, est présent tout au long de la tenue. Pour le reste, l'évolution est assez linéaire: la mandarine et les ténues notes sucrées du départ disparaissent progressivement, tandis que la suavité lactée du santal s'affirme en fond, posée sur un épais lit de musc blanc.

Avec son sillage restreint, Omnia se fait bien vite nimbe, un doux halo soyeux qui murmure près de l'épiderme et le sublime... pendant quelques trop brèves heures, hélas.

Récompensé en 2006 par le Prix des Parfumeurs de l'American Society of Perfumers, ce très beau parfum, à l'originalité discrète mais réelle, semble pourtant à première vue peiner à trouver un public. Est-ce l'étrangeté de son flacon? Le fait que certaines personnes y paraissent, curieusement, anosmiques? Il se fait en tout cas de plus en plus rare sur les rayons, ce qui est vraiment dommage. Amateurs de boisés suaves, d'épicés sans sucre ajouté, et vous aussi messieurs (ce premier Omnia pourrait parfaitement être porté par un homme) - n'hésitez pas!



Notes de tête: mandarine, safran, gingembre, cardamome
Note de cœur: chaï masala, clou de girofle, cannelle, noix de muscade
Note de fond: chocolat blanc, bois d'Inde, bois de santal



Maison: Bvlgari
Créateur: Alberto Morillas
Année de création: 2003
Famille: oriental-épicé

Disponible
: en Eau de Parfum,
au moins en vapo 40 ml (61 EUR) et 65 ml (79 EUR).
Bien qu'il se fasse rare, Omnia est toujours officiellement commercialisé; on peut le trouver
actuellement dans les boutiques en ligne de Sephora et Nocibé. Il est très largement disponible (et à très bas prix) chez les discounters en ligne, y compris en d'autres formats (vapo plat 25 ml, parfum solide), ainsi que sa gamme de produits coordonnés.


Images: flacon 40 ml de l'EdP (Jet Avenue); art Warli, Tarpana (?) (via Kadamallige); flacon plat 25 ml de l'EdP (CheapSmells).

[Lectures] Quai des enfers - Ingrid Astier



Selon une expression anglaise, if you don't have anything nice to say, don't say anything at all - si vous n'avez rien de gentil à dire, taisez-vous.

Peut-être vaudrait-il alors mieux, effectivement, que je ne parle pas du tout de Quai des enfers, premier polar d'Ingrid Astier... 

L'auteur, normalienne, spécialiste de Cioran, Prix du Jeune Écrivain et grande gastronome devant l'Éternel, a notamment signé plusieurs anthologies qui touchent au goût, puis à ce sens connexe, l'odorat: Le goût du thé, Le goût du chocolat, Le goût de la rose et... Le goût des parfums. On la sent réellement passionnée par le monde des fragrances, dans lequel elle a planté le décor de ce premier roman noir.
Et j'aurais tant voulu l'aimer, ce livre. 

Quand - loi du genre - meurtre il y a, c'est celui d'un mannequin, égérie d'Idole, le nouveau parfum de Jean Patou. C'est qu'Ingrid Astier est apparemment une proche de Jean-Michel Duriez, actuel nez-maison chez Patou... dont l'un des protagonistes de Quai des enfers, un parfumeur baptisé Camille Beaux, semble  principalement inspiré.

Pour l'amoureux de parfums, les pépites odorantes disséminées au fil des pages sont un vrai bonheur: on y rencontre des fragrances fictives, le masculin Sirius et le grand succès féminin Eau de Voilette, clin d'œil  discret à Duchamp, où les notes florales se mêlent à l'odeur d'un pain de Gênes sortant du four. D'autres sont bien réelles, portées par les protagonistes, posées sur leurs commodes, le séduisant sillage de N°22 d'une brune piquante croisant au détour d'une page les flacons presque vides de Coromandel et de Serge Noire d'une morte....  Des noms passent - Beaux, Desprez - qui seront familiers aux amateurs de parfums anciens; une citation de Serge Lutens vient même se faufiler dans une conversation.

Régulièrement, on entre même franchement dans le vif du sujet: considérations sur les liens olfactifs qui unissent costus et rose, les facettes différentes de la vanille Bourbon et de la vanille de Tahiti,  l'éthyl-maltol et le maple lactone d'Angel... jusqu'à la fameuse formule, reproduite intégralement, de "Rose de Nuit". Aucun rapport avec l'opus signé Lutens: il s'agit du nouveau grand parfum que Camille Beaux finit par mettre au monde - une formule peut-être fictive, mais parfaitement réaliste (pardi, écrite en dernier ressort par Jean-Michel Duriez!), chaque ingrédient suivi de son dosage précis. La formule d'un parfum de rose qui reflète l'intrigue: celui d'une rose ravagée, martyrisée, à l'agonie, face aux poils musqués et graisseux d'un loup prédateur, bousculés par l'irruption d'une bouffée caramélisée régressive. Détail touchant, que nous apprend Grain de Musc: dans les coulisses, le vrai parfumeur de Patou réalisera réellement sa formule, pour en offrir un flacon à l'auteur...

Le parfum n'est pourtant qu'un des ressorts de l'intrigue, qui tourne plutôt autour de la Seine et de sa Brigade fluviale. Et hélas, trois fois hélas, les détails qui raviront le/la perfumista ne compensent pas... ma foi, tout le reste - en vrac, stéréotypes, manichéisme, poncifs, digressions inutiles, ou encore un agaçant name-dropping musical parfaitement gratuit (malgré toute ma tendresse pour Trent Reznor...).
Restent quelques morceaux de bravoure, le patient tissage d'une ambiance dark qui ne manque pas de poésie... mais pas suffisamment, malheureusement, pour empêcher Quai des enfers de pencher, à mon goût, du côté mergitur.

La mort dans l'âme, je ne peux me résoudre à recommander un livre qui semblait pourtant plein de promesses... mais que j'aimerais sentir cette Rose de Nuit!


Ingrid Astier, Quai des enfers, 2010, Série Noire, Gallimard, Paris (400 p., 17,50 EUR).


[Vintage] Toujours Moi - Corday




Dans l'histoire de la parfumerie aussi, les Années Folles pouvaient parfois porter bien leur nom.

Quand la trentenaire Blanche Arvoy, née Reneaux, lance ses premiers parfums sous la marque Jovoy (en 1923 semble-t-il), elle leur donne les noms les plus fantaisistes - Hallo! Coco, Gardez-Moi, Allez... Hop! - et les propose dans d'impossibles flacons animaliers, le perroquet en cage tenant compagnie au dalmatien béat, le chat hiératique succédant au dromadaire monté d'un Bédouin.

Très vite, elle va donner un autre nom à sa marque, inspirée par son admiration pour l'héroïne de la Contre-Révolution: Corday. C'est en 1924 apparemment (le puzzle est difficile à reconstituer) que la transition entre les deux enseignes s'opère, avec le lancement d'un nouveau parfum qui fera date: Toujours Moi. Son très beau flacon original, qui lui restera longtemps associé, a été conçu par Lucien Gaillard, un ami de René Lalique qui avait créé plus tôt de merveilleux bijoux en style Art Nouveau.


Toujours Moi est annoncé comme un ambré-fleuri-boisé, soit la famille de Nuit de Noël de Caron et d'Habanita de Molinard, à peine antérieurs; on le classerait probablement aujourd'hui dans les orientaux boisés, à la tête nuancée de notes florales.

Ce qui frappe le plus, pourtant, dans les notes de tête du parfum de toilette de Toujours Moi (dénomination ancienne des eaux de parfum, et seule concentration à laquelle j'ai eu l'heur de goûter), c'est qu'elles prennent de franches allures de... bubblegum. La fleur d'oranger, touchée de jasmin, y est intimement mêlée d'une couche doucement sucrée-miel, nuancée d'épices moelleuses: j'y sens un frissonnement de poivre et surtout les couleurs girofle/œillet de l'eugénol. L'ensemble ainsi composé, plutôt monochrome, évoque une bulle de chewing-gum rose au cœur de laquelle se loverait, en catimini, un petit Tabu...
Une note douce et chaleureuse de santal vient discrètement étayer cette fleur d'oranger sucrée: on est bien dans le registre de l'oriental boisé.

L'évolution est curieuse: derrière ce nuage de bubblegum se laisse bien vite deviner un vétiver au départ bordé de lavande, un vétiver à l'amertume métallique caractéristique... mais avant qu'il ne passe à l'avant-plan, Toujours Moi se teinte, le temps de l'entrechat, de l'effet chaud/froid, sucré/médicinal de l'anis - mais un anis en creux, qui ne manifesterait que ses symptômes, sans sa propre senteur.
Après ces atermoiements, le vétiver s'avance imperturbablement, de plus en plus affirmé, ses couleurs vert sombre aux reflets de métal s'épanouissant largement sur un fond boisé, toujours baigné de la chaleur sucrée du santal miellé qui reste inchangé tout au long de la fragrance.

Les notes de fond conservent ce même arrière-plan qu'elles déclinent sur le mode orientalisant, le nuançant d'une touche animale, une fumerolle d'encens approfondissant l'ensemble.


Dans les années 40, la marque Corday s'établira aux États-Unis. Parmi ses lancements suivants, Tzigane, au flacon et/ou à la boîte en forme de violon, digne héritier des premiers lancements de Blanche Arvoy, remportera un grand succès.




Toujours Moi, lui, sera au cœur d'un incroyable projet.

En 1936, Harry Revel, compositeur de musiques pour Broadway et Hollywood, se trouvait au bar du George V à Paris lorsqu'il sentit de divins effluves émanant d'une ravissante jeune femme, un "parfum de rêve qui se transposa en thème mélodique dans ma tête", ainsi qu'il le raconta. Interrogée, la dame révéla le nom de sa fragrance - Toujours Moi - et se tint près du piano pendant que le compositeur esquissait ce thème.
Harry Revel eut alors l'idée de composer toute une suite inspirée de différents parfums, mais après quelques essais, il abandonna...

Dix ans plus tard, lors d'une fête, il rencontra à nouveau par hasard le sillage qui l'avait envoûté, et le soir même, il assista à une première musicale où figurait un nouvel instrument, le thérémine. Il eut le déclic: cette sonorité nouvelle était la clé qui lui manquait pour réussir à transcrire en musique la qualité éthérée du parfum.

Il contacta alors Corday, qui se montra enthousiaste... et bientôt naîtra, en décembre 1948, un album baptisé Perfume Set to Music, trois 78 tours renfermant six compositions inspirées chacune par un parfum de la maison: Toujours Moi, mais aussi Jet, Tzigane, L'Ardente Nuit, Fame et Possession.


En 1951, un pendant (on n'oserait parler de flanker) sera donné à Toujours Moi: Toujours Toi, présenté dans le même flacon Gaillard.

Aux États-Unis, la marque Corday allait connaître bien des péripéties. Dans les années 60 semble-t-il, elle allait être rachetée par le fabricant de cosmétiques Max Factor. Je n'ai pas senti les versions post-Corday de Toujours Moi, mais les commentaires vont dans le sens d'une formulation plutôt respectueuse de l'original, la version Corday étant un peu plus animale.

Un vrai flanker, cette fois, allait être lancé en 84 par Max Factor: Magical Musk by Toujours Moi. Aucune idée de ce qu'il pouvait donner, mais la boîte et le bouchon étaient ornés d'une... licorne. Le slogan? "Capture the magic of the unicorn"...


Max Factor allait ensuite passer aux mains de Procter&Gamble (Mr. Propre, Ariel, Pampers...), qui finira par s'en délester, et en 1995, seul survivant des anciens parfums Corday, Toujours Moi allait échoir dans le giron des parfums Dana, producteur historique de Tabu. Mais comme elle l'avait fait pour ce dernier, autrefois parfum de grand luxe, la maison Dana allait le reformuler en une peau de chagrin, un triste fantôme sucré vendu dans les drugstores... c'est sous cette forme qu'il est toujours commercialisé aujourd'hui, plus de quatre-vingts ans après son lancement.

La marque Jovoy, elle, sera relancée par d'autres propriétaires en 2006, mais sans ressusciter l'ancien catalogue...


Composition: fleur d'oranger, jasmin, lavande, lilas, vétiver, musc, encens

Pour en savoir plus: historique de Corday sur le site des nouveaux propriétaires de la marque Jovoy; un historique (en anglais) de la composition de Perfume Set to Music sur le site de BastaMusic.
Pour écouter quelques mesures de la composition Toujours Moi: lien Amazon.uk (cliquez sur "preview").


Maison: Corday (puis Max Factor, puis Dana)
Créateur: Ernest Beaux
Année de création: 1924
Famille: oriental-boisé

Disponible
: actuellement, seule la version Dana est encore commercialisée.
Les versions Corday et Max Factor apparaissent régulièrement sur eBay, à des prix parfois dérisoires (certains vendeurs sont exagérément ambitieux, mais
la "cote" actuelle est dans l'ensemble très raisonnable).
Attention: les boîtes des versions Max Factor et Dana peuvent énormément se ressembler; cherchez la mention "Max Factor" sur la boîte bleue.


Images: publicité, illustration de Bobri (Fragrantica); flacon de Hallo! Coco et sa boite (Live Auctioneers); flacon Gaillard original de l'extrait (Fragrantica); publicité de 1954 (Paper Pursuits); affiche pour Perfume Set to Music, illustration de Bobri, 1948 (Fragrantica); publicité pour Toujours Toi (Mes-Parfums); flacon de la version Dana (HealthSuperstore).

[Administration] Quelque chose de pourri au royaume du parfum?


Octavian a lancé un pavé dans la mare sur 1000Fragrances.
Résumons le problème: blogueurs, suppôts des marques? Influenceurs? Supports publicitaires?

Je n'avais jamais songé à le faire, la question ne se posant même pas pour moi, mais effectivement, je peux comprendre que les lecteurs s'interrogent. Alors, pour qu'il n'y ait aucun doute, je vais révéler les coulisses du présent blog. Notamment financières - parce qu'effectivement, finances il y a.
Les miennes.


La source

Quand je poste un avis sur un parfum, d'où vient l'échantillon / le décant / le flacon sur lequel je me suis basée?

Dans environ 85% des cas, je l'ai acheté moi-même, sur des sites de décantage ou via des achats groupés sur des forums parfum - les astuces que j'ai données récemment ici viennent d'une longue expérience de la chose.

Dans les 14,8% restants, j'ai appliqué des techniques de mendicité éhontées et bien rodées dans les Printemps, Galeries, parfumeries et autres Séphonnaud. Jusqu'à il y a peu, lesdits Séphonnaud acceptaient volontiers de vous faire de petits échantillons sur demande.

Restent les méthodes marginales:

- en cas d'indisponibilité d'échantillon (0,1%), aller se vaporiser jour après jour pour pouvoir se faire une idée suffisante du parfum;

- être contactée par une marque qui vous propose un échantillon (pas une palette de flacons, n'est-ce pas, un échantillon) de sa dernière nouveauté (0,1%): en trois ans, c'est arrivé une demi-douzaine de fois en tout et pour tout;

- chiffre statistiquement négligeable: écrire à une marque pour lui demander un échantillon - deux fois en trois ans, et l'une des deux fois, on n'a pas même daigné me répondre.


Cigarettes, whisky et p'tites pépées

Ah, la vie glamour du blogueur! Ses soirées privées, ses petits fours à la truffe, ses cadeaux par dizaines....
Manifestement, le phénomène existe dans la blogosphère en général, cf. la vidéo postée par Octavian.
De mon côté, les chèques et caisses de champagne semblent, hélas, tarder à arriver.

Plus sérieusement, les happenings pour blogueurs?
Je ne peux parler que pour la sphère parfum, mais oui, il y en a - très rarement. En trois ans, j'ai été invitée à deux présentations de parfums organisées par la marque, l'une effectivement plutôt glamour, l'autre simple et très technique, sur les coulisses réelles de la création d'un parfum, du brief au produit fini. Les deux fois, j'ai reçu un flacon entier du parfum en question.

Il y a eu aussi le Grand Prix du Parfum 2010, auquel j'ai eu l'honneur de participer.
Rien de corrupteur dans l'histoire, et en fait pas ciblé blogueurs non plus: il s'agissait de participer à une réunion assez informelle avec des professionnels pour élire ensemble un parfum qu'on jugeait bon, tout simplement. La participation des blogueurs se limitait aux débats proprement dits; un seul d'entre nous, tiré au sort, a été invité à la soirée de gala.
Bénéfice? Négatif, ça m'a coûté plutôt cher en tickets de train. (Et ça ne m'a toujours pas fait aimer Ricci Ricci).

A part ça?
Rien.
Les marques se démènent manifestement pour certains grands blogs mode, dont les auteurs sont considérés comme des "influenceurs" à chouchouter. Pour autant que je puisse en juger, pour la sphère parfum francophone, ce n'est pas du tout le cas. Et je ne le souhaite pas non plus: ce n'est pas pour ça que j'écris ici.


Pourquoi un blog?

Quand j'ai créé ce blog, c'était dans un seul but: partager mon amour du parfum, tout simplement. Pas toucher le jackpot. Vous constaterez d'ailleurs qu'il n'y a pas une seule publicité sur ce site. En fait, comme je suis freelance, tout le temps passé ici serait plutôt une perte sèche...

Vous aurez remarqué aussi que je ne relaie pas les communiqués de presse, que je ne me borne jamais à annoncer un lancement, et que je fais presque systématiquement l'impasse sur les campagnes de pub et autres égéries. L'enrobage "com" ne m'intéresse pas.

Pourquoi alors des avis dans l'ensemble plutôt positifs?
Tout simplement parce qu'avant d'écrire un avis sur un parfum, je veux lui consacrer du temps, le porter plusieurs jours d'affilée, essayer de le comprendre. Vous imaginez l'exercice de masochisme pour un parfum que je trouve mauvais, sans compter le temps pris ensuite à écrire un avis détaillant pourquoi je le trouve mauvais... Pour un grand lancement, je suis prête à me l'infliger, bien entendu, mais pour un énième flanker, est-ce bien la peine? Et je me refuse à massacrer à la va-vite quelque chose que je ne me serais pas donné le temps suffisant de tester. Je préfère passer ce temps à parler de beaux parfums....
Incidemment, j'essaie aussi, dans l'ensemble, d'avoir le maximum d'objectivité - il y a des parfums qui ne sont absolument pas à mon goût personnel, mais qui sont de grande qualité. Malgré tout, mes goûts propres vont inévitablement jouer.... Mais que ce soit clair: même s'il y a des maisons avec lesquelles je me sens plus d'affinités, parce qu'elles sortent régulièrement des parfums que j'aime, je ne suis vendue à aucune. Et je n'ai pas non plus de relation personnelle avec un parfumeur qui puisse me rendre partiale.



En résumé, je ne fais, ici, que donner mes avis sincères sur les parfums, en tant que simple amatrice et consommatrice, avec sa subjectivité, sans autre rétribution aucune que le seul plaisir que j'ai à parler d'une de mes passions. Et j'espère que ce plaisir est partagé.



Remarque: tout ceci concerne ma propre situation personnelle et ma propre éthique, les seules évidemment dont je puisse parler avec certitude - ce qui n'implique aucunement que les autres blogueurs parfum francophones agissent autrement. Je ne me permettrais pas de parler pour eux, mais j'en ai rencontré plusieurs, et j'ai pu apprécier leur enthousiasme et leur intégrité.


[Vintage] Jean Patou, Ma Collection - III - Divine Folie, Normandie, Vacances



(premiers épisodes de l'histoire de Ma Collection de Jean Patou: I - II)


1933: si quelques petits signes de reprise économique se font sentir en France, la Crise fait toujours rage. Jean Patou lui a déjà fait un pied-de-nez éblouissant de panache en offrant à ses clientes américaines ruinées un parfum d'impératrice, l'exorbitant Joy. Ses fragrances suivantes auront aussi un goût d'antidote, comme Divine Folie qui, en plein marasme, célèbre le "goût de la fête et des plaisirs"...

Sur les douze parfums Ma Collection, Divine Folie est l'un de ceux qui a le moins d'ancrage historique, et il n'a d'ailleurs pas fait grand bruit en son temps. Ce qui ne signifie à vrai dire rien sur sa qualité...

S'il fait écho en tête à la gaîté acidulée d'Adieu Sagesse, avec une note verte et dansante de jacinthe, il l'ombre presque aussitôt d'un voile doucement épicé, un eugénol très présent (particulièrement dans l'extrait) avec ses accents caractéristiques d'œillet / girofle. Cet eugénol se tempère en cœur, posé sur un mélange poudré et encore sûret de fleur d'oranger et d'ambre délicatement sucré, cireux et sombre. Cette tonalité aigrelette se poursuit longtemps avant de mourir en fond, où c'est un chaleureux poudré-ambré, tout juste teinté de géranium, qui domine.

L'ensemble est curieux, un clair-obscur alliant une juvénile acidité à un cœur ombré et dense, presque huileux, qui rappelle Chaldée dans sa dimension cosmétique... il en partage d'ailleurs, mais en l'accentuant, l'aura de charme désuet.

L'exclusif Bois de Copaïba de la Parfumerie Générale en serait un - bien plus jeune - cousin, mais à la mode de Bretagne.

Composition: ylang-ylang, néroli, fleurs d'oranger, iris, vétiver, rose, jasmin (plus musc, vanille?)



Si Divine Folie ne capturait que des bribes de l'air du temps, Normandie, lui, est tout l'inverse: il joue tout à fait, et bien avant la lettre, la carte de l'événementiel. Cette création de 1935 a été conçue comme un parallèle au lancement du plus grand paquebot de l'époque, et du plus beau jamais construit, ce sommet de luxe et de raffinement baptisé... Normandie.

Le mercredi 29 mai 1935, à 18 heures précises, le paquebot appareille pour son voyage inaugural, Le Havre - Southampton - New York. Les passagères de première classe se voient offrir une charmante attention: une maquette numérotée du transatlantique, toujours conçue par l'architecte-décorateur Louis Süe, dans laquelle est glissée... un flacon de la fragrance éponyme, griffée Patou.

Normandie est décrit comme un ambré-fleuri, mais si cette structure est bien là, c'est plutôt sa tonalité savonneuse et surtout nettement métallique qui attire l'attention. Le départ se nimbe, comme pour nombre de ces anciens Patou, de l'œillet/girofle de l'eugénol. Mais bien vite, conjuguée à la rose et entourée d'un très léger nuage de poudre, la curieuse facette métallique s'affirme, sourde, creuse et tout juste amère, qui rappelle un peu la senteur des feuilles de géranium, accentuée, à mon nez, d'une pointe de galbanum et de vétiver.

La tonalité savonneuse-métal se poursuit longtemps, jusque dans les notes de fond qui se sucrent et se réchauffent d'une couche boisée, délicatement vanillée.

Normandie marque certes quelque peu son âge: l'infime touche de poudre, le côté savonneux sont autant de rides - mais sa colonne vertébrale fleurie-métallique interpelle, intrigue, puis bien vite fascine...

Composition: jasmin, rose, mousses méditerranéennes (plus œillet, opoponax, vanille, benjoin?)



1936. La Reprise s'amorce. Le Front populaire arrive au gouvernement, et avec lui bien des avancées sociales, dont cette formidable innovation: les congés payés!

La maison Patou partage l'enthousiasme général et crée un parfum de redécouverte de la nature, un parfum de pique-nique dans un parc par un beau jour d'avril. Son nom s'imposait de lui-même: Vacances.

Et Vacances est le plus ravissant fleuri vert qui soit, une brise printanière si délicate, si jeune, si tendre, qu'il est insensé qu'un tel bijou ait pu être retiré de la vente.

Son départ déconcerte, la verdeur du galbanum se découpant sur une note mi-herbe coupée, mi-aqueuse et végétale, qui rappelle l'eau trouble au fond d'un vase... mais bien vite, on remonte du vase au bouquet, et quel bouquet! C'est une merveilleuse brassée de lilas frais éclos dans laquelle se sont glissés de grandes grappes de jacinthe et quelques pompons de mimosa. Le vert feuillage, quelques gouttes de rosée complètent ce charmant tableau impressionniste. Vacances est un fleuri tout simple, où chaque note sonne juste. Il est l'air embaumé du printemps, les premiers pas pieds nus dans l'herbe tendre, les rayons de soleil timides dans un air encore frais. Il manque au français une expression adéquate pour transcrire l'anglais "heart-breakingly lovely": ravissant à vous briser le cœur. Rien ne s'appliquerait mieux à Vacances.

Le si beau lilas humide d'Olivia Giacobetti, En Passant, ne capture qu'une des facettes de cette merveille inexplicablement disparue.

Notes de tête: aubépine, galbanum, jacinthe
Notes de cœur: lilas, mimosa
Notes de fond: musc, bois (?)



Chez les discounters en ligne, Divine Folie est encore assez facile à trouver (en eau de toilette, parfois en extrait); Normandie est disponible ça et là, tandis que Vacances est l'un des deux plus rares sur les douze, et les prix sont généralement très élevés. Des miniatures de 6 ml des 12 fragrances apparaissent aussi régulièrement sur eBay. Une réédition modernisée du flacon-paquebot original de Normandie est sortie en 1986 (ou 89?), en édition limitée.



Test des rééditions de 1984 en eau de toilette, plus Divine Folie: test de l'extrait en réédition 1984.

Tous mes remerciements à Octavian pour ses précieux éclaircissements techniques et historiques et à Helg pour son enthousiasme communicatif sur ces beaux parfums.


Sources: brochure Ma Collection - Parfums d'Epoque 1925-1964, Interenchères, Perfumeshrine, Prodimarques.

Images: Robert Doisneau, les premiers congés payés, 1936 (Françoise Giroud); flacon de la réédition en extrait de Divine Folie (collection personnelle); Adolphe Mouron Cassandre, affiche pour le Normandie, 1935 (Wikipedia); flacon original numéroté de Normandie (Interenchères); flacon de la réédition en edt de Normandie (collection personnelle); flacon de la réédition en edt de Vacances (album de Margo sur Aromania.ru); réédition du flacon-maquette de Normandie (Prodimarques).

[Parlons parfums] Scents That Sing "Spring!"





To any English-speaker stumbling upon these pages: howdy!
As you have no doubt noticed, this blog is a) obviously devoted to fragrance, and b) entirely en français. But fear not! For your reading convenience, I have added a handy-dandy Google Translate widget in the sidebar on the right. It should give you a gist of what's being said here, plus, in all likelihood, much puzzlement and quite a few belly laughs. We human translators still need a job, after all. Rest assured that the French text actually makes sense. Well, most of the time, anyway.
Without further ado, here is my Gallic take ("un peu de merde, s'il vous plaît!") on this lovely topic.


Les francophones sont toujours là? Ci-après, ma participation à un projet bloguesque commun, majoritairement anglophone, sur "les parfums qui chantent le printemps".



***


Frémissement de la nature qui commence à secouer les frimas de l'hiver pour s'éveiller, timidement d'abord, triomphalement ensuite, il y a dans ce joli printemps une atmosphère qui peut être merveilleusement traduite en parfums. C'est la saison par excellence des délicates senteurs florales, qui s'épanouissent dans une température encore fraîche, ponctuée de giboulées et éclairée de lumineux rayons de soleil...




Le printemps en flacon?

Certains choix sont tellement évidents que les citer à nouveau prend des allures de lapalissade. Pour le muguet du mai, le joyeux Diorissimo de Dior, créé par Edmond Roudnitska en 1955-56, reste la référence. Sa formulation actuelle est désolante par rapport à l'original, mais pour qui ne l'a pas connu en son pristin état, ces jolies clochettes dansantes sont toujours un vrai plaisir à porter.

Vous aimez le parfum si caractéristique des grandes grappes odorantes du lilas? Olivia Giacobetti en a proposé une touchante interprétation pour Frédéric Malle dans En Passant: la poétique senteur impressionniste d'un lilas blanc battu par le vent, encore nimbé de gouttelettes de pluie.

Si vous préférez une peinture d'ensemble, deux choix s'imposent: le merveilleux Après l'Ondée de Guerlain serait février, les premiers frémissements du printemps, ses douces notes florales violette-iris commençant à poindre, timides, sous le dernier givre de l'hiver.

Mais pour le printemps qui bat son plein, c'est chez Jean Patou qu'il faut aller: feu Vacances, sorti en 1936, était la plus parfaite incarnation olfactive qui soit de la saison. Vacances est un ravissement de fleuri vert, une brise jeune et tendre, toute simple, où de jolies jacinthes poussent au pied d'un grand lilas embaumé. Un souffle de mimosa arrive d'un peu plus loin, tandis que la verdeur vivifiante du galbanum se mêle à la senteur des premières herbes coupées de l'année... Vacances était un bijou, un trésor d'insouciance et de tendresse, et rien ne s'en approche vraiment, hélas, sur le marché actuel. Pas étonnant que les rares flacons qui n'ont pas trouvé preneur à l'époque s'arrachent pour des sommes de plus en plus folles...


***


La chose est rarement évoquée dès lors qu'il s'agit de printemps en parfum, mais ces charmantes senteurs fleuries ne sont qu'un versant du paysage olfactif vernal. Quand on grandit à la campagne, impossible d'échapper à de plus... prosaïques réalités.



L'printemps on dit qu'ça sent la rose
Le lilas et puis le jasmin
Pour moi l'printemps ça sent aut'chose
Puisqu'on sort la tonne à purin.


Faut-il vraiment passer en revue des parfums qui évoqueraient cet aspect-là du printemps?

Pour les amateurs, quelques gouttes de Jicky de Guerlain devraient du moins vous en donner un lointain écho: pour reprendre l'heureuse expression relayée par Grain de Musc, c'est "comme si un chat avait chié dans une touffe de lavande". Un autre ancien Guerlain s'est lui aussi taillé une jolie réputation: composée par Jacques Guerlain en 1904, la Voilette de Madame dépose paraît-il son bouquet de narcisses, ylang, violettes et iris sur un lit de... merde. Je n'en ai malheureusement plus une goutte sous la main pour me rafraîchir la mémoire, mais la critique de Legerdenez est suffisamment éloquente ("Imaginez ma surprise quand je me suis retrouvée (...) entourée d'un capiteux et incontestable arôme de MERDE.").
D'aucuns trouvent par ailleurs que le bois d'oud peut présenter une facette résolument fécale, surtout dans les vrais ouds arabes, mais notamment aussi dans l'exclusif Oud 27 du Labo.


Si vous préférez rester plus sagement à l'écart de la fosse à lisier, mais que vous ne seriez malgré tout pas contre un petit fumet d'étable, tout autant de saison, les classiques du genre s'imposent: l'incomparable Muscs Koublaï Khan de Serge Lutens, avec ses relents de ménagerie, L'Air de Rien de Miller Harris, épiderme, musc et pointe de vanille, ou en plus calme le macho-man Kouros d'Yves Saint Laurent. J'y ajouterais peut-être la version d'origine de Visa de Robert Piguet, qui s'habille de fourrure, mais surtout un autre grand disparu: le bien nommé Bouquet de Faunes, création de Jacques Guerlain qui celait dans son splendide flacon-urne signé Lalique des notes outrageusement animales, toutes de muscs et de fourrure. Nous y reviendrons.


En attendant, je vous laisse découvrir d'autres visions parfumées du printemps (en anglais) chez les participantes au présent projet commun:

Katie Puckrik Smells
Notes from the Ledge
Olfactarama
Perfume in Progress
Perfume Shrine
Roxana Illuminated Perfume
Savvy Thinker
Scent Hive
Smelly Blog
The Non Blonde


Thank you again ladies, it has been a pleasure and an honor!


Images: en-tête par Helg; narcisses et jonquilles (Fotosearch); Diorissimo de Christian Dior, edt actuelle (Christian Dior); Vacances de Patou, réédition edt de 1984 (album de Margo sur Aromania.ru); cheval et sa...production (Poney Info); Voilette de Madame de Guerlain dans son flacon escargot (Esprit de Parfum); urne Lalique pour Bouquet de Faunes de Guerlain (via eBay).

Pour l'intégralité du savoureux Isabelle, v'là le printemps de Ricet Barrier: vidéo sur Youtube.

[Avis] Kingdom - Alexander McQueen


(...) ennuyeux, lourd et opaque. Fort heureusement, il a fait un flop.

C'est sur cette estocade que l'expert Luca Turin, dans son Guide, termine sa critique de Kingdom, premier parfum lancé par le couturier Alexander McQueen en 2003. Et flop retentissant il y eut, effectivement. Mais pas à cause d'une quelconque monotonie. D'ordinaire, les commentaires sur Kingdom sont plutôt de cet ordre:

ça sent comme si j'avais mangé indien pendant un mois, que je n'avais pas pris de douche depuis une semaine et que je venais de faire une heure de gym.

Le coupable? Le cumin, dont Kingdom est saturé. S'il entraîne les uns dans des rêveries orientalisantes de marchés aux épices, il évoquerait plutôt aux autres les aisselles d'un routier au terme d'une chaude après-midi d'été, pour rester dans la métaphore fleurie.

En fait, c'est tout à fait délibérément qu'Alexander McQueen et le parfumeur Jacques Cavallier (L'Eau d'Issey, le Classique de Jean-Paul Gaultier) ont tourné le dos à la facilité en concevant cette fragrance. Et après tout, monsieur Cavallier est aussi l'auteur des très beaux et très incompris Le Feu d'Issey et Nu d'Yves Saint Laurent...

Truisme: pour vendre, l'industrie du parfum joue allègrement des codes de la séduction, de la sensualité, voire même, quoique plus rarement, de la franche sexualité, témoins les fameuses campagnes porno-pas-chic de Tom Ford. Par contre, les parfums récents qui osent la transgression non seulement dans l'enrobage publicitaire, mais aussi dans la composition même de la fragrance sont bien plus rares. Et Kingdom est l'un d'eux.
Il voulait, nous dit-on, évoquer la sensualité (bien entendu), la sexualité (on avance...) - mais aussi, en sus, "l'intimité du monde féminin".
A en croire des litanies de commentaires horrifiés, d'aucuns estiment qu'il a effectivement emprunté l'odeur de.... de "l'intimité du monde féminin". Hm.




Après ces réjouissantes mises en bouche, je crains de décevoir.
Ces critiques déroutées voire épouvantées semblent en fait venir en majorité d'outre-Atlantique, où la chose parfumée peut moins se permettre de déroger à un certain hygiénisme olfactif. Et Kingdom est aussi l'une de ces fragrances qui varient nettement d'un épiderme à l'autre.

Sur moi, à tout le moins, il est divin.
Les notes de tête sont étonnamment fraîches, citronnées. Le fameux cumin s'y déploie déjà largement, mais sans se faire pour autant tapageur: le sillage est lustré, poli, bien loin du moindre effet souk. Son nuage épicé plane au-dessus d'une couche florale qui reste proche de la peau, jasminée et nettement indolique (effet "sale"). Citronné, chaud, aromatique, légèrement anisé... les facettes du cumin s'égrènent. Il semble par ailleurs qu'une rose sombre s'épanouisse pleinement sur certaines peaux, mais sur moi, elle est bien plus discrète.
S'il n'est pas repris dans la composition officielle, le santal et ses accents boisés-lactés se fait, lui, bien présent, et à mesure de l'évolution, il va s'affirmer tandis que le cumin s'apaise. Le fond, fleuri-boisé, se nuance d'une légère touche de vanille.

L'extrait de parfum place encore plus haut la barre de l'(in)accessibilité.
Sorti plus tard semble-t-il, et en édition limitée, il faut croire qu'il ciblait l'afición de l'EdP, conquise d'avance, parce qu'il ne prend plus - du tout - de gants: son flacon à coque de métal coulissante libère un jus qui hurle le cumin à pleins poumons.
Le citron en tête ne fait plus qu'une éphémère pirouette avant de bien vite laisser pleine place à l'épice, dont le traitement est plus brut, bien moins soyeux que dans l'EdP, avec des aspérités marquées. La facette florale passe elle aussi en retrait, supplantée par un santal plus affirmé. Et je sens au cœur de cette version parfum une franche note... vespasienne. Au soleil. Fort heureusement, cette facette est perceptible sur l'épiderme, mais pas dans le sillage.
L'ensemble se tempère malgré tout au fil du temps, une belle note de poivre noir venant nuancer le cœur cumin. Au terme de cette longue trajectoire toute d'épices, un fond de musc-santal chaleureux ronronne sur la peau...

Dans ce qu'on imagine une tentative désespérée de sauver le parfum du naufrage, Kingdom a été décliné en eau de toilette l'année suivante, dans un flacon rouge vif sans coque de métal.
La composition a été modulée: le cumin y a été remplacé par du poivre rose, entouré de fleur d'oranger et de muguet. Je ne l'ai plus sentie depuis longtemps, mais je me rappelle une composition effectivement fort différente, bien moins épicée, plus fleurie - plus lisse en somme, et moins intéressante.

Il faut croire que le rouge du flacon a continué à effrayer la ménagère, puisque sont ensuite sorties des déclinaisons EdT en éditions limitées annuelles et en version "été", cette fois dans le même flacon-cœur que l'eau de parfum, mais en gentil rose, et avec de jolies fleurs sur la boîte. Autant enfiler une barboteuse dragée à Carmen.

Puis il a été décidé de mettre fin aux souffrances du pauvre Kingdom.
Alexander McQueen, de son côté, avait dû jurer qu'on ne l'y prendrait plus, puisqu'il avait entre-temps sorti pour second parfum une violette-héliotrope qui n'aurait pas fait de mal à un bébé mouche.

Cohérence, créativité, parti-pris, identité affirmée: Kingdom était une fragrance remarquable, à tout point de vue. Son audace en faisait déjà un pari bien risqué au moment de sa sortie; actuellement, un pareil lancement en grande distribution serait impensable. Mais s'il ressortait aujourd'hui sous un label de niche, on crierait au génie...


Merci à la bonne fée qui m'a permis d'en retrouver un flacon!


Notes de tête: bergamote de Calabre, mandarine de Sicile, néroli de Tunisie
Notes de cœur: rose, jasmin d'Inde, cumin, gingembre
Notes de fond: vanille bourbon, myrrhe d'Indonésie


Maison: Alexander McQueen
Créateur: Jacques Cavallier
Année de création: 2003
Famille: oriental-épicé

Disponible
: retiré de la vente
. Il est encore possible actuellement d'en trouver un flacon dans quelques parfumeries et grands magasins qui ont gardé un stock. En ligne, Kingdom est de plus en plus difficile à trouver, et les prix sur eBay tendent à grimper, particulièrement depuis le récent décès d'Alexander McQueen.
Existait en Eau de Parfum, vapo 30 ml, 50 ml et 100 ml; en Extrait, vapo 25 ml; et en Eau de Toilette (formulation différente), 75 ml; plus flankers éphémères en EdT 50 ml: Limited Edition annuelles et Kingdom Summer.


Images: flacons de l'EdP, de l'Extrait et de la Limited Edition 2004, publicité originale (Fragrantica); flacon de l'EdT (via Anna Wintour).

[Parlons parfums] Grand Prix du Parfum 2010: l'heure attendue



C'était un événement dans le petit monde de la parfumerie.
Le Grand Prix du Parfum (anciens "Fifi Awards") de la Fragrance Foundation, volet France, faisait peau neuve pour son édition 2010.

Fini, le vote en circuit fermé par les marques elles-mêmes: cette fois, c'est le grand public qui a été l'arbitre, par un vote ouvert, accessible sur Internet, pour la majorité des catégories.

Sont venus s'y ajouter deux nouveaux prix spécifiques: le Prix des Parfumeurs (un jury de créateurs de parfums devait élire celui qui était, à leur avis, le meilleur lancement de 2009) et le Prix des Spécialistes (au jury composé d'évaluateurs, de journalistes spécialisés et de blogueurs), pour lequel la présélection était limitée aux parfums en distribution sélective (niche).

Avec mes collègues blogueurs Denyse de Grain de Musc, Méchant Loup d'Olfactorum et Juliette de Poivre Bleu, j'ai eu l'honneur d'être invitée à faire partie de ce dernier jury.

Et les débats ont été un vrai bonheur.
Deux heures de discussions à bâtons rompus entre passionnés et professionnels, sans langue de bois aucune - changement rafraîchissant, quand l'inverse est souvent de règle dans l'industrie. Les différences d'approche étaient sensibles: le langage généralement plus imagé, plus synesthétique des blogueurs, raisonnant plutôt en termes de parfumerie d'auteur, face à la précision technique sans faille des évaluateurs, habitués à juger objectivement les qualités d'un produit. Révélation, que de voir des professionnels avoir des opinions opposées sur un même parfum. Nouvelles perceptions, nouvel éclairage nés de la confrontation des avis des uns et des autres sur une fragrance (effectivement, tel hespéridé que je jugeais "gentil" est bien, en fait, un joli tour de force techniquement parlant....). Et quelle jubilation, quand on est simple amateur doutant de ses jugements, d'entendre un professionnel crucifier d'un "il est chiant!" un parfum prestigieux qu'in petto, on trouvait soi-même... chiant.

Unanimité presque générale, enfin, sur quelques parfums puissants, originaux, pleins d'âme.

Celui qui avait mon vote enthousiaste a fini par l'emporter, plébiscité par pratiquement tout le jury: La Treizième Heure, la merveilleuse, l'incomparable Treizième Heure de Cartier, concrétisation d'une formule que Mathilde Laurent portait apparemment en elle depuis des années.
Aux places d'honneur, les excellents Géranium pour Monsieur de Dominique Ropion pour les Editions Frédéric Malle, et Dover Street Market de Comme des Garçons.

Fil conducteur tacite, mais bien présent, au fil des débats: le respect réel, palpable, pour le travail des compositeurs de parfums. Quels que soient les défauts qu'on a pu trouver à leur dernier opus. Et en parfaite conscience des limitations énormes qui pèsent aujourd'hui plus que jamais sur leur créativité, que ce soit en termes de coûts de formule, de restriction de plus en plus sévère de leur palette, ou d'obligation de produire un dénominateur commun qui plaira en masse à coup sûr, sans sortir des sentiers battus.

Voilà pour le Prix des Spécialistes.
Le palmarès complet a été dévoilé dans la soirée du 8 avril, en présence de nombreux parfumeurs, professionnels et autres grandes figures de l'industrie.


Au centre: Mathilde Laurent recevant le Prix des Spécialistes, entourée de
Catherine Disdet (g) et de Nathalie Pichard (d) de la Fragrance Foundation France


L'autre nouvelle catégorie instaurée cette année, donc, était le Prix des Parfumeurs.
Verdict?
...La Treizième Heure.
En d'autres termes, un plébiscite. Et ô combien mérité.

Toutes les autres catégories, à l'exception du Prix de la rédaction de Marie Claire (la très belle Eau de Gentiane Blanche d'Hermès), avaient été décidées par vote populaire. Et les résultats sont parlants. Très parlants.

Meilleur féminin? Ricci Ricci. Alors que A Scent, L'Eau Ambrée et les deux nouvelles colognes d'Hermès, Gentiane et Pamplemousse, étaient sur les rangs.
Les perfumistas ont beau jeter les hauts cris sur les fleuris-fruités-patchouli diabétogènes, il semble manifeste, à en croire ce vote (comme d'ailleurs leur omniprésence dans les rayons) que c'est pourtant exactement ce que demande le grand public.

Notons la belle performance, côté masculin, de l'outsider Jamais le Dimanche, de la nouvelle marque Ego Facto.

Meilleurs flacons? Côté féminin, Ricci Ricci encore, avec son ruban rose (face à la sobre pureté d'A Scent et à l'intéressant effet métal d'Essence). Rayon masculin, l'invraisemblable poing serré rapoïde d'Only the Brave, il est vrai marquant.

Le médium choisi - Internet - a probablement dû attirer un public plus jeune; le prix des lectrices de Marie Claire a d'ailleurs, lui, récompensé Idylle.

Mais, vraiment, Ricci Ricci, Only the Brave?
Le fossé apparaît soudain énorme entre les perfumistas, petit cercle d'amoureux, de fanatiques du parfum, qui parlent d'art, qui recherchent les senteurs construites, parfois inhabituelles, escarpées, et le grand public, celui qui a la puissance commerciale et donne ainsi le ton au marché, et qui a, lui, juste envie de... sentir bon, avec des odeurs gourmandes, simples, d'abord facile. La jeune adulte d'aujourd'hui - principale cible commerciale, à en croire le calibrage des publicités - a manifestement envie d'exhaler un sillage de confiserie. Et tant que ce sera le cas, le marché du parfum ne risque pas de changer.

Au moins, ces deux nouveaux prix auront montré, et à plus forte raison par leur choix convergent, qu'une autre parfumerie existait bel et bien... mais hélas pas au même tarif. En tout cas, si vous en avez l'occasion, allez sentir cette Treizième Heure: elle vaut mille fois la peine d'être découverte.




Merci à la Fragrance Foundation France de m'avoir offert cette merveilleuse opportunité et d'avoir donné la parole aux blogs!
Comptes-rendus de mes co-jurés: sur Grain de Musc, Olfactorum et Poivre Bleu.



[Parlons parfums] Perfumista, où que l'on soit

Vous êtes Parisien(ne).

Le monde du parfum est à vos pieds.
En quelques minutes de métro, les boutiques des grandes marques et leurs précieux exclusifs s'offrent à vous, les grands magasins, les boutiques pointues vous proposent les gammes complètes des plus obscures maisons de parfum, des plus anciennes références aux tout derniers lancements en avant-première.
Pour le/a perfumista, comme le disait Offenbach, oui, voilà la vie parisienne, du plaisir à perdre haleine, avec ses flacons qui pétillent, en avant, les grands crus!




Vous n'êtes pas Parisien(ne).
Ca vous gêne. Forcément.

Pour accéder aux dites merveilles, vous pouvez toujours, bien entendu, prévoir un marathon olfactif dans la capitale.
D'autres ont déjà concocté d'excellents parcours pour l'amoureux de parfums de passage à Paris, aussi me contenterai-je de vous les recommander chaleureusement: l'itinéraire d'AuParfum et le pèlerinage (en anglais) de Grain de Musc: rive gauche - rive droite.



Tout cela est bel et bon, mais hors de Paris, point de salut?


Si fait!
Dans les autres capitales, les grandes marques ont généralement prévu des boutiques.

A Bruxelles, Chanel, Dior, Hermès, Cartier et bien d'autres proposent les mêmes fragrances exclusives que dans leurs boutiques parisiennes: baladez-vous dans le quartier Louise, le long de l'avenue de Waterloo, et vous ne saurez plus où donner du nez! D'autres marques de parfumerie sont bel et bien présentes, mais choisissent de se faire représenter dans d'autres enseignes plutôt que d'ouvrir leur propre point de vente: les parfums "fontaine" Caron, par exemple, sont cachés au fond du Planet Parfum du Grand Sablon. Pour les exclusifs boutique de Guerlain, il vous faudra aller un peu plus loin: à Wevelgem, où la parfumerie Place Vendôme les propose tous (ainsi que les gammes Amouage, Montale, Parfumerie Générale et autres).
Mais revenons à Bruxelles, quartier Louise.
A côté des boutiques des couturiers-joailliers, il se trouve aussi des parfumeries indépendantes spécialisées en maisons de niche. Inutile de présenter l'incontournable Senteurs d'Ailleurs, caverne d'Ali Baba aux mille marques et aux conseillers avisés. Vous trouverez d'autres maisons de parfum, plus confidentielles encore (Bond No.9, Divine, Lorenzo Villoresi, Montale), au coin de la rue, chez Absolut'ly. Dans l'avenue Louise vous pourrez aussi découvrir les Histoires de Parfums et les Etat Libre d'Orange chez Francis Ferent, au n.60. Et n'hésitez pas à pointer le nez chez Annick Goutal (au n.52) en passant!
Si vous n'avez pas encore votre compte, vous pouvez compléter votre visite par le quartier Dansaert, où les EP Frédéric Malle se cachent chez Natan Treize (101 rue A.Dansaert), quelques autres petites marques chez Cosmeticary (Agent Provocateur, Juliette Has a Gun, Les Bains du Marais,...) et les Comme des Garçons chez Yamamoto (6 place du Nouveau Marché aux Grains).
Paris n'a qu'à bien se tenir.




Dans les grandes villes aussi, un(e) perfumista pourra facilement trouver son bonheur.
Les rayons parfums des grands magasins, Galeries Lafayette et Printemps, offriront déjà une belle sélection de marques connues et plus confidentielles. Les chaînes de parfumerie (Sephora, Marionnaud, Nocibé, Douglas) tendent à y avoir des points de vente plus grands, avec plus de choix. Et il se trouvera immanquablement une ou plusieurs parfumerie(s) indépendante(s) spécialisée(s) qui comblera(ont) tous vos désirs.

Prenons deux exemples aux extrémités de l'hexagone.

A Lille, outre lesdits grands magasins et chaînes (qui, réunis, proposent un choix appréciable: Acqua di Parma, Comptoir Sud Pacifique, Evody, Robert Piguet, Roméa d'Amor, Serge Lutens, Téo Cabanel, etc.), vous pourrez trouver les Hermessences dans la boutique Hermès, à l'entrée du Vieux Lille (8 rue Grande Chaussée). Deux parfumeries indépendantes, tenues par des passionnés, vous proposeront à elles deux un grand choix: la parfumerie du Soleil d'Or, au coin de la place Gén. de Gaulle (Caron, Goutal, Rosine, Profvmvm, Etro, Creed, The Different Company, les propres créations d'Hubert Maes), et Ombres Portées un peu plus loin dans le Vieux Lille (Diptyque, EP Frédéric Malle, Parfums d'Empire, Penhaligon's, etc.). A côté, dans la rue Lepelletier (n.14), Série Noire vous propose les Histoires de Parfums et une partie de la gamme Comme des Garçons.

A Nice, les aristocrates ont peut-être déserté les lieux, mais les grandes marques ont gardé leurs boutiques. Dans le secteur de la place Masséna/Jean Médecin, Hermès propose ses Hermessences (8 av. Verdun), Chanel ses Exclusifs (6 rue Paradis). Plus loin dans l'av. Jean Médecin, le Sephora et les Galeries Lafayette offrent un choix raisonnable. Et à Nice aussi, deux parfumeries indépendantes proposent des marques confidentielles: chez Le Salon de Parfum (11b rue du Maréchal Joffre), L'Artisan Parfumeur, Rosine, Parfums d'Empire, Maître Parfumeur et Gantier; et dans la chic parfumerie Tanagra (5bis rue Alphonse Karr), Creed, EP Frédéric Malle, Evody, Goutal, Serge Lutens côtoient Houbigant, Esteban ou encore Costume National.

Et ce ne sont là que deux exemples; la situation devrait être similaire dans toutes les grandes villes de France et de Navarre.




Vous n'habitez pas une grande ville.
Au contraire. Autour de vous, niveau parfums, c'est le désert. Pas l'ombre d'un Séphonnaud, pas même une vieille parfumerie oubliée. Disons-le tout droit: vous vivez dans la cambrousse.

...dans mes bras, frères et sœurs!
Et rassurez-vous, rien n'est perdu. Il nous reste l'arme secrète des perfumistas, où qu'ils/elles se cachent, des chalets alpins aux îles bretonnes, en passant par le maquis corse: In-ter-net!

Beaucoup de marques et de parfumeries ont aujourd'hui un volet e-commerce, et vous proposent d'expédier chez vous les précieux flacons normalement réservés à leurs temples parisiens.
Nous y reviendrons. Car acheter chat en sac risque de réserver de bien fâcheuses surprises... alors autant juger sur pièce ces merveilles avant de se précipiter sur un coûteux flacon, pas vrai?


Fort heureusement, certaines marques acceptent d'envoyer des échantillons.
Il est de plus en plus rare qu'elles le fassent gratuitement (il faut bien dire qu'il y a eu des abus); aussi certaines proposent-elles des alternatives: envoi gracieux de touches imprégnées de parfum (par ex. chez La Mûre Favorite) ou encore de fragrances sous forme de concrètes pour les exclusifs parisiens de Serge Lutens.
Certaines marques de niche, elles, vendent sur leur site des échantillons de l'ensemble ou d'une partie de leur gamme pour un prix plus ou moins raisonnable. Quelques exemples: les EP Frédéric Malle, Histoires de Parfums, les Parfums de Rosine, Ormonde Jayne, Jovoy, Andy Tauer, Vero Kern,...


Que faire si la marque que vous vouliez essayer n'en propose pas?
Voici la contre-attaque imparable: les sites de décantage.

De quoi s'agit-il?
Ce sont des sites spécialisés qui vendent des échantillons qu'ils réalisent eux-mêmes, à partir des flacons originaux (et rigoureusement authentiques) dont ils disposent. La contenance de ces échantillons peut varier: certains sites proposent uniquement des échantillons de la taille ordinaire en parfumerie (entre 0.7ml et 2.5ml), d'autres peuvent ajouter à leur gamme des contenants plus importants: des "décants", c'est-à-dire des mini-vapos en plastique ou en verre de 5, 8, 10 ml, voire plus - de quoi essayer bien à l'aise un parfum avant de se décider.

Quelques sites fiables de décantage qui expédient en Europe: Aus Liebe zum Duft (allemand, propose uniquement des échantillons de +/-2ml); Decant-Me (suisse, plusieurs contenances); Luckyscent (américain, uniquement des échantillons de 0,7ml); Rei Rien (américain, plusieurs contenances); ou encore The Perfumed Court (américain, plusieurs contenances) et The Posh Peasant (américain, plusieurs contenances).
L'inventaire et les prix peuvent énormément varier d'un site à l'autre. Certains proposent des parfums extrêmement rares, voire même des vintages disparus depuis des décennies... mais le prix sera à la mesure de la rareté. Un échantillon du même parfum peut coûter du simple au double, si pas au triple, selon le site, donc...comparez avant de commander!
Il peut être intéressant aussi de vous abonner à la newsletter / page Facebook / flux RSS du blog de ces sites: vous serez informé de leurs nouveaux arrivages, et vous y trouverez souvent aussi des codes de réduction éphémères.




Vous avez maintenant découvert et essayé tout votre soûl le parfum qui vous faisait rêver, et vous êtes conquis(e). Où acheter un flacon en ligne?

Si c'est un parfum de grande distribution, inutile de le préciser: les Sephora, Marionnaud et autres Nocibé ont chacun leur propre boutique en ligne, qui expédiera partout.


Si c'est un parfum de niche, c'est un peu plus compliqué, mais pas de beaucoup.

Nombre de marques de niche proposent un service d'e-commerce, si confidentielles soient-elles, des riches Omanais d'Amouage à la petite maison Divine cachée à Dinard, en passant par le très hype By Kilian et même les Salons du Palais-Royal de Serge Lutens et leurs précieux flacons cloche... Les grands s'y mettent aussi: les Hermessences d'Hermès et les coûteux Passages de Dior, par exemple, peuvent à présent être commandés via Internet.

Pour savoir si la marque que vous avez à l'œil propose la vente en ligne, consultez le carnet d'adresses du présent blog (en solide réfection actuellement).
D'autres marques ne le proposent pas officiellement, mais se laisseront facilement convaincre de vous expédier des parfums confidentiels si vous les contactez directement par téléphone ou par mail (comme Guerlain et (je pense) Caron, pour leurs exclusifs boutique).

Vous pouvez aussi commander chez les parfumeries spécialisées qui acceptent d'expédier: la très parisienne boutique Colette, le lyonnais La Mûre Favorite et le fameux Senteurs d'Ailleurs bruxellois proposent par exemple un service de vente à distance.

Il existe aussi beaucoup de sites spécialisés dans la vente de parfums de niche, avec un large inventaire. Les allemands Aus Liebe zum Duft, déjà cité, et Essenza Nobile en sont de bons exemples. L'américain Luckyscent aussi, mais attention au risque de frais de douane pour les commandes outre-Atlantique (idem pour Parfums Raffy et Luscious Cargo).
Certains de ces sites, à l'inventaire plus restreint, sont gérés à petite échelle par des perfumistas (exemple Rei Rien, The Posh Peasant), et les prix peuvent alors varier, de la très bonne affaire (réduction parfois conséquente sur le prix officiel) à la très mauvaise (marge plus que confortable) - encore une fois, comparez.


...et c'est ici que nous entrons sur un terrain glissant: les discounters en ligne, terme que vous aurez déjà pu rencontrer ponctuellement sur ce blog.
Il s'agit de sites qui proposent toutes sortes de parfums à prix réduits, et parfois à prix plancher. Des parfums de grande distribution surtout (comme vous pourriez en trouver dans les Sephonnaud), mais aussi certains parfums de niche, ainsi que des références retirées de la vente depuis quelques années.
Trop beau pour être vrai?

Oui et non.

Ces sites ont poussé comme des champignons et il y en a à présent des centaines (!), plus ou moins fiables, certains tout à fait, d'autres pas du tout.
Les stocks proposés sont souvent issus du marché gris (donc des parfums authentiques, mais qui étaient normalement destinés par la marque originale à être vendus à bien moindre prix qu'en Europe sur des marchés moins affluents, et ont été récupérés au passage) ou peuvent venir de fins d'inventaire. Ces sites proposent parfois aussi des testeurs (mentionnés comme tels), normalement destinés aux parfumeries et pas à la vente. D'autres vendent tout bonnement des contrefaçons.
Il faut savoir aussi que beaucoup ne livrent pas en Europe; d'autres le font, mais avec des frais de port exorbitants... et selon la manière dont votre colis est déclaré par le vendeur, vous pourrez avoir des frais de douane conséquents.
Autrement dit: c'est une roulette russe, si on ne se renseigne pas solidement au préalable. Mais si vous avez bien préparé la chose, vous pourriez très bien trouver votre parfum à moitié prix.

Alors, lesquels sont fiables?
Je n'oserais pas m'avancer ici. Si je recommandais un de ces sites et qu'un problème arrivait....
Ceci dit, les forums de passionnés du parfum abordent régulièrement le sujet: il s'y trouve immanquablement un ou plusieurs fils de discussion où des utilisateurs réels de ces sites s'échangent leurs impressions et expériences personnelles avec les différents discounters.
Voici quelques-uns de ces fils de discussion: en français sur le forum Beauté-Test: ici. Un autre, très long et référençant beaucoup de sites, sur le forum anglophone Basenotes: ici. La même chose en plus court, et avec un accent particulier sur les livraisons en Europe, sur le forum anglophone Perfume of Life: ici.




Reste aussi la possibilité des enchères en ligne, dont eBay est le principal représentant. La chasse aux parfums sur eBay obéit à ses propres règles, et là encore, mieux vaut bien se renseigner avant de se lancer.
Signalons juste qu'il devient globalement plus difficile d'y faire de bonnes affaires, mais que c'est toujours possible - et tout l'éventail de la parfumerie vous y est proposé, des plus rares des jus vintages, encore scellés dans leur boîte d'origine, aux tout derniers lancements, et même aux avants-premières encore indisponibles sur le marché.
En passant, le groupe LVMH (Guerlain, Dior, Kenzo, Givenchy,...) a réussi à faire interdire la mise aux enchères de ses produits sur eBay France (certains vendeurs bravent cet interdit, en utilisant des intitulés plus ou moins créatifs pour leurs enchères, comme "In.Solence", "parfum de grande marque", etc.).
Pour être sûr de ne rien manquer, il peut donc être utile d'éplucher systématiquement les annonces de la rubrique "Beauté, Bien-être, Parfums", sous-rubrique "Parfums", pour les parfums plutôt récents, et les annonces de la rubrique "Collections", sous-rubrique "Parfums" pour les vintages et miniatures.

Comment être certain d'y éviter les mauvaises surprises?
Encore une fois, bien se renseigner au préalable est la meilleure des protections, conjugué à quelques simples règles de bon sens. Un vendeur aux centaines d'évaluations positives inspirera plus confiance qu'un vendeur qui n'en a aucune. Un parfum toujours dans sa boîte et sous cellophane aura plus de chances d'être bien conservé qu'un flacon sans boîte qui a peut-être été exposé à la lumière. Les grandes maisons de parfum s'assurent d'avoir des finitions soignées; aussi, un flacon Chanel avec une étiquette collée de travers sera plutôt douteux. La concentration et la contenance sont-elles bien indiquées? Gare aux miniatures photographiées en gros plan, qui ont l'air d'être des flacons de grande taille!
Pour les flacons vintage, Grain de Musc donne de précieux conseils pour mieux distinguer le bon grain de l'ivraie: ici.




L'un des parfums que vous avez découvert sur échantillon vous plaît, mais pas au point d'investir dans un flacon complet, ou alors il est décidément trop cher et vous voudriez en profiter à coût moindre?

Il vous reste la possibilité des décantages/achats groupés: plusieurs amateurs décident d'acheter en commun un flacon de parfum, et de s'en partager le contenu. L'un d'eux garde le flacon d'origine, mais décante une partie du jus dans des petits vapos qu'il expédie aux autres participants à l'achat. Un intérêt supplémentaire est que si beaucoup de personnes s'associent, il est possible de commander un flacon d'une grande contenance, pour lequel le prix au millilitre sera bien inférieur (la différence est énorme entre le prix/ml d'un extrait Guerlain vendu en flacon 7,5ml, et le même extrait vendu en flacon de 250ml).

Les forums dédiés au parfum sont le meilleur endroit pour trouver d'autres amateurs avec qui partager un parfum. Le plus actif actuellement, dans le monde francophone, est le forum parfums de Beauté-Test. De très nombreux décantages y ont déjà été organisés, et de nouveaux sont très régulièrement lancés.
Beaucoup de participants à ces forums proposent par ailleurs aussi de décanter à titre privé une partie de leurs propres flacons, à la vente ou au troc contre d'autres décants.




Vous voilà paré(e) pour accueillir chez vous les plus belles et les plus précieuses des essences, d'où quelles viennent, où que vous soyez.
Mes plus sincères condoléances à votre carte bleue.



Remarque: toutes les adresses et sites indiqués ci-dessus le sont à titre purement indicatif, sans aucune garantie quant aux disponibilités, aux prix pratiqués ou à l'authenticité des produits. Je n'ai aucun lien personnel ou commercial avec ces marques, boutiques et vendeurs quels qu'ils soient.